Commençons par clarifier : il y a des millions de raisons légitimes pour ne pas avoir d’enfant. Et c’est parfaitement normal – en fait, je pense qu’il serait plus juste de considérer cela comme la norme, et que ce soient plutôt ceux qui veulent des enfants qui cherchent en eux la raison de ce choix. Après tout, ce n’est pas anodin de décider de prendre la responsabilité de la vie de quelqu’un.
Mais ces derniers temps, quand on parle de la parentalité, de plus en plus de gens se demandent aussi : est-ce vraiment sensé, est-ce responsable d’avoir un enfant dans le monde d’aujourd’hui ?
Je comprends cette question. Pour être honnête, je me la suis posée moi-même, plusieurs fois. Nous vivons dans un monde où les infos parlent surtout de guerres, de folies politiques, d’effondrements. Où l’on entend souvent « ça n’a plus d’importance », « on est en retard », « c’est la dernière minute » – surtout quand il s’agit du changement climatique. Glaciers qui fondent, sécheresses, vagues de chaleur records, catastrophes naturelles.
Pour beaucoup, avoir un enfant dans ce monde est au minimum irresponsable.
Je respecte ceux qui pensent ainsi. Je ne remets pas en cause leurs arguments, je ne cherche pas à les convaincre, et surtout, je ne veux pas dire à qui que ce soit ce qu’il doit faire. Avoir un enfant n’est pas un devoir, ni une supériorité morale, ni une sorte de salut. C’est tout à fait légitime de dire : je ne veux pas mettre un enfant dans ce monde.

Mais même si je comprends la question, ce n’est pas ma réponse
Quand on parle du « monde dans lequel » un enfant naît, on a tendance à imaginer que le monde est figé, terminé. Comme si on le recevait tout prêt, et qu’on était juste des spectateurs passifs. Pourtant, le monde n’est pas seulement « là », il évolue constamment. Grâce à nous. Avec nous. C’est nous qui, chaque jour, le reproduisons – ou essayons de l’améliorer.
Et c’est là que les enfants entrent en jeu.
Parce que pour moi, ils ne sont pas une part du problème, mais la seule vraie chance de solution. L’espoir, à travers eux, n’est pas un concept abstrait, mais quelque chose de très concret : un nouvel être humain, qui n’est pas encore désabusé, qui n’a pas renoncé, qui n’a pas appris que « de toute façon, on ne peut rien faire ». Un enfant qui pose des questions. Qui remet en cause ce que nous tenions pour acquis. Qui nous oblige à expliquer – et du même coup à justifier nos propres actes.

Les enfants ne deviennent pas automatiquement de meilleures personnes que nous. Mais ils ont cette chance. Et ce qui est peut-être encore plus important : grâce à eux, nous avons aussi une raison de devenir meilleurs. Quand il y a quelqu’un dont on se sent responsable, soudain, le monde qu’on laisse derrière soi compte vraiment. Le changement climatique, l’injustice sociale, le cynisme politique ne sont plus des concepts abstraits. Ils prennent un visage. Un avenir.
Renoncer aux enfants, c’est en fait renoncer à soi-même.
Renoncer à la foi qu’il peut y avoir une autre voie. Que la descente n’est pas une fatalité. Que l’apathie n’est pas la seule réponse rationnelle.
Le roman Voyageur et clair de lune de Szerb Antal se termine par cette phrase : « Et si l’homme vit, alors quelque chose peut encore arriver. »
C’est exactement ainsi que je vois la prochaine génération. Tant qu’il y a des enfants qui naissent, nous n’avons pas abandonné. Tant qu’il y a ceux qui viennent après nous, quelque chose peut encore arriver.











