Les adolescents d'aujourd'hui ne ressemblent plus à ceux d'hier. Et ceux qui les côtoient chaque jour le voient mieux que quiconque : leurs enseignants.
Des profs qui les observent en classe, dans la cour et dans les couloirs partagent ici leurs constats. Certains sont inquiétants. D'autres, franchement inattendus.
Ce qui change quand on interdit les téléphones
Depuis que les téléphones ont été bannis de l'école, mes collègues et moi avons remarqué un vrai changement. Pendant les récréations, les élèves recommencent à courir, à discuter, à jouer, à taper dans un ballon dans la cour. Avant, ils avaient tous le nez collé à leur écran.
On ne voit pas encore l'effet sur leurs résultats scolaires. Mais le simple fait qu'ils se reparlent pendant les pauses, c'est déjà un énorme progrès.
Les derniers deviendront les premiers
J'ai 47 ans, je fais donc partie de cette génération coincée entre la génération X et les millennials. Sans aucune nostalgie ni discours du type « c'était mieux avant », je peux l'affirmer : les lycéens d'aujourd'hui ne sont pas au niveau que nous avions.
Je ne dis pas qu'ils sont moins intelligents. Je dis qu'ils n'arrivent plus à se concentrer de la même manière. Ils reçoivent beaucoup plus d'informations, beaucoup plus vite, mais, paradoxalement, ils les assimilent bien moins bien.
En revanche, ils sont plus bienveillants et plus tolérants que nous l'étions. Ils acceptent bien plus facilement un camarade d'une autre origine ou en situation de handicap que ne le faisaient les générations précédentes.
Je précise que c'est ce que j'observe en région parisienne. Un collègue qui enseigne à la campagne constate exactement l'inverse : selon lui, le harcèlement et l'exclusion sont pires aujourd'hui qu'avant.
Un paradoxe étonnant
Le point négatif : ils sont paresseux. Ils ne participent à une activité extrascolaire que s'il y a une récompense à la clé. Sinon, ça ne les intéresse pas.
Le point positif : ils sont bien meilleurs en esprit critique.
Lire sans comprendre
J'ai de moins en moins d'élèves capables de lire correctement, et même parmi eux, certains peinent avec une simple compréhension de texte.
Donc, même parmi les rares élèves qui savent lire un texte à voix haute, correctement, une partie ne comprend tout simplement pas ce qu'ils lisent. Je leur demande de me raconter avec leurs propres mots de quoi parlait le texte, et ils en sont incapables.
Leurs yeux suivent les lignes, leur bouche prononce les mots, mais l'information n'arrive jamais jusqu'au cerveau. C'est effrayant.
La santé mentale, enfin prise au sérieux
Aujourd'hui, on reconnaît et on accepte les troubles de l'apprentissage comme la dyslexie, la dyscalculie ou la dysgraphie. On fait aussi attention aux jeunes TDAH ou autistes. À mon époque, on ignorait jusqu'à l'existence de ces troubles, et on punissait ceux qui étaient différents.
Malgré cela, on observe aujourd'hui un nombre bien plus élevé d'adolescents anxieux et dépressifs, et c'est triste. À mon avis, parmi de nombreux facteurs, les réseaux sociaux y sont pour beaucoup.
Mais il y a du positif : dans les années 1990, le psychologue scolaire n'était là que pour la forme. Cette génération, elle, y a vraiment recours. C'est un vrai progrès.
Le pour et le contre
Ce qui me frappe, c'est à quel point ils ne boivent pas et ne se droguent pas. Je me souviens qu'au lycée, la cigarette, l'alcool et le cannabis circulaient sans arrêt au fond de la cour. Les jeunes d'aujourd'hui, ça ne les intéresse tout simplement pas. C'est un immense point positif.
Si on m'avait dit, à l'époque, que ce genre de « rébellion » ne serait plus du tout à la mode quelques décennies plus tard, je ne l'aurais jamais cru. Et pourtant. La plupart de mes élèves préfèrent sortir à des événements culturels plutôt qu'en boîte — c'est incroyable.
Malheureusement, leurs capacités en calcul sont moins développées. Mais faut-il vraiment s'en étonner ? Ils ont dans la main un appareil qui connaît la réponse à presque toutes leurs questions. Pourquoi calculeraient-ils de tête ?
Le retard de la génération Covid
J'ai remarqué que les élèves arrivés au lycée après le Covid ont pris un retard considérable. J'enseigne le français, et la lecture, la rédaction et la compréhension de texte leur posent de vraies difficultés.
Mais le retard scolaire se rattrape : ce n'est pas ça, le vrai problème. Le vrai problème, c'est l'arrogance et le manque de sens des responsabilités. Ils ont l'impression que tout leur est dû, mais ne veulent travailler pour rien. Et quand on les évalue, ils cherchent des excuses : ce n'est jamais de leur faute.
Ils accusent plus vite le professeur que d'admettre qu'ils n'ont pas révisé — et leurs parents, malheureusement, jouent souvent le jeu.
Ce qui me plaît, en revanche, c'est qu'ils ont bien plus confiance en eux que nous à leur âge. Ils s'expriment mieux et n'hésitent pas à donner leur avis.
Pourquoi les lycéens d'aujourd'hui ont-ils du mal à se concentrer ?
Selon les enseignants, ils reçoivent énormément d'informations, très rapidement, mais ont beaucoup plus de mal à les assimiler que les générations précédentes.
Interdire les téléphones à l'école, ça change vraiment quelque chose ?
D'après les profs interrogés, oui : depuis l'interdiction, les élèves se remettent à discuter, jouer et courir pendant les récréations, au lieu de rester rivés à leur écran.
Les adolescents d'aujourd'hui boivent-ils et se droguent-ils moins ?
Les enseignants constatent que la consommation d'alcool et de drogues est bien moindre qu'auparavant, ce qu'ils considèrent comme un énorme point positif pour cette génération.
Quel est, selon les profs, le principal problème des élèves d'après-Covid ?
Ce n'est pas le retard scolaire, qui peut se rattraper, mais plutôt l'arrogance et le manque de sens des responsabilités, souvent renforcés par l'attitude des parents.











