Les enfants d'aujourd'hui sont-ils vraiment pires qu'avant, ou est-ce seulement une impression ?
C'est une question qu'on ose rarement poser à voix haute, tant elle met mal à l'aise. Pourtant, beaucoup de femmes se la posent en silence. Nous avons recueilli des témoignages honnêtes, parfois durs, souvent drôles, toujours sincères. Voici ce qu'elles avaient à dire.
Ronchonner, encore et encore
Je suis allée chez une amie pour son anniversaire, un barbecue tranquille dans le jardin. (Passé 35 ans, on ne se saoule plus vraiment à ce genre de fête : on mange bien et on sirote un peu de rosé.) Ses petits garçons couraient partout autour de nous, hurlaient, se lançaient des objets et faisaient des bêtises. Ça me tapait sur les nerfs.
Je vous jure, à un moment j'ai continué à boire juste pour arriver à les supporter. J'ai attendu le gâteau, puis j'ai filé en prétextant la fatigue. Ce n'était même pas un mensonge : ces gamins m'avaient vidée. Mais au fond, je me disais que si l'un de ces petits monstres me hurlait encore une fois dans l'oreille, je le jetais dans le bassin du jardin. J'ai dû me rendre à l'évidence : je suis devenue une vieille grincheuse qui ne supporte plus les enfants.
La prise de conscience
J'ai toujours détesté les enfants, puis je suis allée en thérapie. C'est là que j'ai compris pourquoi la « parentalité bienveillante » me faisait bouillir : moi, enfant, on me frappait, on m'humiliait et on me criait dessus. J'étais jalouse. Je détestais ces enfants parce qu'ils avaient droit à l'enfance sans traumatisme que je n'avais jamais eue. Ma « rééducation » a si bien fonctionné qu'aujourd'hui, je travaille avec des enfants neuroatypiques.
Un regard sur moi-même
Les enfants m'ont toujours agacée, jusqu'au jour où j'ai réalisé que j'attendais d'eux des choses avec lesquelles beaucoup d'adultes — moi la première — se débattent encore. Je parle de gestion de la colère, de régulation émotionnelle, d'empathie.
Aujourd'hui, quand je suis entourée d'enfants bruyants et que je râle et souffle dans mon coin — « pourquoi devrais-je les supporter ? » — je vois bien que je ne vaux pas mieux que ces gamins en pleine crise. Pire, même : moi, je suis censée être adulte et avoir un peu plus de jugeote.
Sans commentaire
Je passe chez mon amie, ses enfants ne savent même pas dire bonjour. « Enfin, chéri, dis bonjour à Sophie ! » Le petit lève à peine les yeux de sa tablette, puis replonge dans son jeu sans me calculer une seconde. Mon amie ne remarque rien, trop occupée à se disputer avec sa fille qui a plongé la main dans le déjeuner en préparation et éclaboussé tout le carrelage.
« Regarde-moi ce désastre, on dirait une porcherie ! »
… se lamente-t-elle, avant d'aller chercher la serpillière pendant que la petite file, le nez sur son téléphone. Ça fait deux minutes que je suis arrivée et je pourrais déjà secouer ces deux-là, et après le repas je vais devoir écouter que le sens de la vie, c'est la maternité, et que sans enfant je ne saurai jamais ce qu'est le véritable amour. Je ravale la phrase qui me brûle les lèvres — que Dieu me préserve de cet « amour »-là — et je me promets que c'était la dernière fois que je mettais les pieds ici.
Tu as raison
Je me plaignais à ma mère, et c'est elle qui m'a ouvert les yeux : il n'y a pas de mauvais enfants, seulement des enfants qui s'ennuient. C'est aussi elle qui m'a fait comprendre qu'en réalité, ce ne sont pas les enfants que je déteste, mais leurs parents, ceux qui ne les éduquent pas.
Curieux, quand même
Je croyais aimer les enfants, jusqu'à ce que je remarque une chose : quand je cherche un hôtel pour les vacances, j'écarte automatiquement tous ceux qui affichent la mention « idéal pour les familles ».
Non-stop, 24 heures sur 24
Quand j'étais petite, les enfants de mon âge laissaient généralement leurs parents tranquilles : on jouait entre nous, et on savait même très bien s'occuper seuls. Aujourd'hui — du moins c'est ce que je constate — chaque enfant réclame qu'on le divertisse en permanence, et ne se calme que si on lui glisse un écran entre les mains.
Ces gamins ne jouent plus à cache-cache, ne courent plus après un ballon, ne sollicitent plus leur imagination pour inventer un jeu. Ils s'installent devant un écran, point. Si ma voisine s'arrête deux minutes pour discuter avec moi, son petit se met à hurler et elle est obligée de lui tendre vite fait son téléphone pour qu'il joue. C'est d'une tristesse infinie.
Le centre du monde
Je ne dirais pas que je déteste les enfants, mais en tant qu'amie, je trouve que je peux légitimement espérer voir leur mère sans eux de temps en temps — cette mère qui est mon amie depuis l'enfance. Chaque fois que je passais chez eux, les enfants ne me lâchaient pas, si bien qu'on n'arrivait jamais à échanger deux mots dignes de ce nom.
Un jour, je l'ai évoqué avec délicatesse. Résultat : on m'a rétorqué que je n'aimais pas ses enfants, et depuis, plus aucune nouvelle. Honnêtement, cette amitié ne m'a pas laissé un grand vide, parce que de mon côté, cela faisait déjà des années que je n'étais plus qu'une nounou dès qu'on se voyait.
Est-ce mal de ne pas aimer être entourée d'enfants ?
Non. Comme le montrent ces témoignages, il s'agit souvent moins des enfants eux-mêmes que du contexte, du comportement des parents ou de blessures personnelles. Mettre des mots dessus est déjà un premier pas.
Les enfants d'aujourd'hui sont-ils vraiment pires qu'avant ?
Plusieurs témoignages pointent la place croissante des écrans et le besoin constant de divertissement. Mais d'autres rappellent qu'un « mauvais » enfant est souvent surtout un enfant qui s'ennuie — et que le regard des adultes compte autant que le comportement des petits.
Pourquoi certains adultes finissent-ils par ne plus supporter les enfants ?
D'après ces récits, l'agacement cache parfois autre chose : la jalousie d'une enfance qu'on n'a pas eue, ou l'attente que les enfants maîtrisent des émotions que les adultes eux-mêmes peinent à gérer.
Peut-on rester amie avec quelqu'un qui devient parent ?
C'est délicat, comme le montre le dernier témoignage. Exprimer le besoin de moments sans enfants peut être mal reçu et fragiliser une amitié — surtout quand les liens s'étaient déjà distendus au fil du temps.











