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Comment j’ai fait la paix avec ma colère

Barbara Dubois4 min de lecture
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Comment j’ai fait la paix avec ma colère — Mode de vie

Pendant longtemps, je pensais que la colère était une mauvaise chose. Quelque chose à réprimer, à cacher, à ne pas montrer. Puis j’ai compris que la colère est en réalité l’une des émotions les plus sincères que l’on puisse ressentir. Ce qui compte, c’est ce qu’on en fait.

J’ai porté ma colère pendant des années, souvent sans vraiment savoir ce que c’était ni d’où elle venait. Je savais juste qu’elle était là – profondément, obstinément, depuis des décennies.

J’ai beaucoup de blessures d’enfance que je traîne avec moi. Des situations effrayantes où personne ne m’écoutait, où je me sentais invisible, où j’ai dû affronter seule des choses que je ne comprenais pas vraiment enfant. Ces blessures ne disparaissent pas en devenant adulte. Elles changent juste de forme : parfois en sarcasme, parfois en hypersensibilité, parfois en colère disproportionnée face à une simple remarque.

Il m’a fallu des années de thérapie et de travail sur moi pour comprendre que ma colère est en fait un signal. Elle dit : « quelque chose a fait mal, et personne ne l’a vu. » Cette prise de conscience a tout changé. J’ai réalisé que la colère n’est pas mon ennemie – juste une part ancienne de moi qui veut enfin se faire entendre.

On entend partout que la clé de la guérison, c’est le pardon. Que c’est la dernière étape qui nous libère enfin, qui remet le passé à sa place. Moi, je n’y crois pas.

Le pardon est un beau geste, mais pas un dû pour tous

Par exemple, je ressens encore aujourd’hui que pardonner à ceux qui m’ont abandonnée enfant effacerait aussi ma douleur. Comme si je disais à mon enfant intérieur : « tu vois, ce qui s’est passé n’avait pas d’importance. » Mais ça en avait. Même si personne ne s’en souciait alors, moi, aujourd’hui, oui.

Oublier ou lâcher prise sans exprimer ce qui s’est passé, c’est effacer le message le plus important : que moi aussi j’avais de la valeur. Que cette petite fille blessée, effrayée, en colère, avait le droit de ressentir tout ça. Pour moi, la guérison n’est donc pas venue du pardon, mais du fait que j’ai appris à vivre avec ma colère – sans la laisser me dévorer.

Jeune fille formant un pistolet avec ses mains

J’ai lu un jour : « Se mettre en colère, c’est comme boire du poison en espérant que l’autre en souffre. »

Et c’est vrai. La colère que j’ai gardée en moi pendant des années a fini par me détruire. Elle ne blessait pas ceux qui m’avaient fait du mal, mais moi, qui revivais sans cesse ces douleurs anciennes. J’ai compris alors qu’il fallait séparer la colère du pardon. Lâcher la colère ne veut pas dire excuser quelqu’un – juste refuser de la laisser diriger ma vie.

On ne peut pas simplement éteindre nos émotions. On ne peut pas leur ordonner « n’existe plus ». Mais on peut apprendre à les écouter et à les gérer à leur place. Aujourd’hui, quand je sens une tension monter en moi, je m’arrête. Je reconnais ma colère, je la laisse être, mais sans lui donner le volant ni le contrôle.

Je lui demande plutôt : « D’où viens-tu ? Que veux-tu me dire maintenant ? » Et souvent, il s’avère que ce n’est pas la situation présente qui déclenche tout ça, mais quelque chose de vieux, jamais entendu à l’époque.

Alors, j’imagine cette petite fille en moi. En colère parce qu’elle a peur, parce qu’elle est impuissante, parce qu’elle n’a pas été protégée. Mon moi adulte vient la rejoindre. Je ne lui demande pas de se calmer. Je suis juste là, et je lui promets que maintenant, c’est moi qui veille sur elle. Elle n’a pas à résoudre la situation, ni paniquer, ni laisser libre cours à sa colère destructrice, car un adulte est là, moi, qui va gérer tout ça. Qui saura quoi faire pour que nous soyons en sécurité.

Ma colère s’apaise alors. Elle ne disparaît pas, mais elle ne rugit plus. Le tigre effrayant prêt à tout détruire commence à souffler doucement, s’allonge par terre et cligne des yeux, fatigué.

La colère n’est pas un signe de faiblesse. C’est la preuve que nous avons eu la force de ressentir. Et si on apprend à apprivoiser cette force, elle ne sera plus notre ennemie, mais notre protectrice – celle qui nous rappelle que nous comptons. Et que nous avons toujours compté.

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