Depuis plus de 15 ans, j’évolue en tant qu’entrepreneure, pratiquement toute ma vie d’adulte. Ce parcours m’a apporté beaucoup de joie, mais aussi son lot de défis – surtout en tant que femme en Hongrie.
Ces dernières années, on sent un changement : la proportion de femmes entrepreneures a augmenté dans le pays. Un rapport indique qu’il existe désormais plus de 1 000 entreprises avec un chiffre d’affaires d’un milliard de forints et une dirigeante. C’est une excellente nouvelle : cela montre que de plus en plus de femmes se lancent, et qu’il est possible de diriger une grande entreprise en tant que femme. Pourtant, la part des femmes entrepreneures reste inférieure à la moyenne européenne, et de nombreux obstacles structurels et culturels freinent encore leur progression.
Être entrepreneure en Hongrie – d’après mon expérience – séduit beaucoup pour la flexibilité qu’offre ce mode de travail : cela permet de concilier par exemple l’éducation des enfants et la gestion du foyer. Cette flexibilité est une motivation essentielle pour beaucoup d’entre nous. Mais elle entraîne aussi souvent que l’entreprise des femmes reste une source de revenu complémentaire : elles entreprennent souvent quand leur partenaire subvient aux besoins de la famille, elles gèrent le foyer et gagnent un petit revenu en plus. Ce modèle n’est pas forcément négatif, il convient très bien à certaines, mais il impose aussi des limites.

Ces limites deviennent encore plus évidentes quand la réglementation ou les attentes sociales compliquent la situation. Par exemple, les entrepreneurs à faibles revenus – qui ont choisi ce statut justement pour la flexibilité – ont été particulièrement impactés par la suppression du régime KATA. Beaucoup de femmes entrepreneures, qui travaillaient tout en s’occupant de leurs enfants, se retrouvaient dans cette catégorie.
De plus, les congés maladie ou les allocations parentales (CSED, GYED) ne sont pas très avantageux pour celles qui n’ont pas de salaire fixe déclaré ou qui travaillent en tant qu’entrepreneures.
On ne peut pas se permettre de perdre des revenus en prenant un congé, ou de ne pas travailler simplement parce que les enfants sont en vacances d’automne – et c’est souvent la mère qui doit gérer cette situation.
Ce problème existe aussi sur le marché du travail traditionnel : un employeur comprend économiquement qu’il hésite à embaucher une mère de jeunes enfants, car elle sera plus souvent absente à cause des maladies des enfants. Le vrai problème, c’est qu’on considère comme normal que c’est la mère qui reste à la maison avec les enfants malades, pas le père – ce qui complique la situation des mères salariées comme des entrepreneures.
Le « plafond de verre », ou le fait que certains jobs ou missions soient souvent attribués à ceux qui ont des relations amicales, ne favorise pas non plus les femmes. Pour ma part, j’ai déjà refusé un travail parce que je me sentais mal à l’aise avec un client masculin : il voulait trop souvent « préciser les détails autour d’un café » ou passer une demi-heure au téléphone pour des choses qu’on aurait pu régler par message rapide. J’ai fini par sentir que ce n’était pas suffisant pour lui que je fasse parfaitement mon travail – il voulait autre chose. Cette situation est devenue de plus en plus inconfortable, et j’ai finalement quitté le projet, ce qui a entraîné une perte financière importante. Je peux imaginer que beaucoup de femmes entrepreneures vivent ce genre de situations, alors que les hommes n’ont pas à y faire face de la même manière.
Malgré tout, je suis heureuse d’avoir choisi ce mode de vie – aujourd’hui, je ne voudrais rien faire d’autre. Travailler comme entrepreneure, en trouvant l’équilibre entre ma liberté, ma famille et mon travail, m’a beaucoup apporté. Je crois que si plus de femmes osent entreprendre, le marché et les mentalités évolueront.
Alors j’encourage toutes les femmes : si vous avez une bonne idée ou une compétence que vous pouvez monétiser, lancez-vous sans hésiter ! Les femmes ont toute leur place et un rôle important dans ce domaine. Plus nous serons nombreuses, plus le système devra s’adapter, car il ne pourra plus nous ignorer.











