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Je ne cuisine pas comme ma mère – et je ne me sens plus moins bien pour autant

Déborah Lefèvre5 min de lecture
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Je ne cuisine pas comme ma mère – et je ne me sens plus moins bien pour autant — Famille
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On entend souvent : « la cuisine de ma mère est la meilleure », « personne ne fait le poulet paprika de ma grand-mère comme elle », « c’est bon, mais ce n’est pas comme à la maison ». Ces phrases peuvent être à la fois réconfortantes et paralysantes. Car les saveurs familiales sont liées à des souvenirs, des émotions, des ambiances – pas étonnant qu’on en parle avec nostalgie.

Mais ces affirmations peuvent facilement glisser vers la comparaison, et le nouveau cuisinier de la famille, un·e partenaire ou un·e ami·e peut se sentir comme si, peu importe ses efforts, la recette éprouvée de quelqu’un d’autre « l’emporte » toujours. Pourtant, ce n’est pas une compétition. Il s’agit de liens, de parcours personnels, et de la manière dont on se transmet à travers un plat.

L’héritage que je porte – et ce que j’y ajoute

Beaucoup d’entre nous ont grandi presque dans la cuisine. Les odeurs, le bruit des casseroles qui mijotent, les premières dégustations sont autant d’expériences marquantes. J’ai moi aussi de nombreux plats d’enfance liés à la cuisine de ma mère. C’est elle qui m’a appris à préparer ces recettes qui consolaient, rassemblaient autour de la table, et qui aujourd’hui encore me ramènent à ces moments.

Mais en devenant adulte, quand j’ai commencé à cuisiner – pas seulement pour moi, mais aussi pour les autres –, j’ai puisé des idées ailleurs. De nouvelles saveurs, de nouvelles cultures, d’autres ingrédients ont trouvé leur place dans ma cuisine.

La cuisine asiatique m’a notamment totalement captivée, et j’ai été heureuse de voir que ma mère était aussi ouverte à cette découverte. Parfois, c’était moi qui lui faisais découvrir quelque chose de nouveau, qui lui proposais un plat qu’elle n’avait jamais essayé – et c’était une sensation merveilleuse. S’inspirer mutuellement, et ne pas seulement apprendre à sens unique – c’est aussi ce que la vie d’adulte peut offrir, si on le laisse faire.

Une assiette de crêpes traditionnelles fraîches, nappées de crème aigre et décorées de feuilles vertes. L’assiette florale vintage et la table rustique donnent un charme fait maison et nostalgique au plat.

Pas besoin de faire « exactement pareil » – l’essentiel, c’est la bienveillance

J’ai longtemps ressenti une pression pour cuisiner comme ma mère. Pour ne pas décevoir. Pour prouver que « chez moi aussi, il y a de la chaleur, du goût, de l’attention ». Mais j’ai fini par comprendre que ce n’était pas nécessaire. Il n’est pas obligatoire de reproduire exactement les mêmes plats si on a envie de quelque chose de différent.

Je cuisine avec d’autres épices, j’ai d’autres favoris, je prépare autrement, et cela ne signifie pas que je cuisine moins bien – juste différemment. Je crois qu’il n’est pas nécessaire que tout le monde aime chaque bouchée. Comme je n’ai pas à m’accrocher à tout ce que les autres font. L’ouverture d’esprit est bien plus précieuse que les attentes. La nourriture nourrit non seulement notre corps, mais aussi nos relations : avec celui ou celle qui cuisine, et avec celui ou celle pour qui on cuisine.

Les mots ont vraiment un poids

J’ai appris une chose importante : la cuisine n’est pas seulement un lieu de spatules et de recettes, c’est aussi un espace d’émotions. C’est pourquoi, quand quelqu’un met du temps, de l’énergie et de l’amour à préparer un plat, le retour doit être bienveillant. Plutôt que d’entendre en premier ou même du tout « ce n’est pas comme chez ta mère », pourquoi ne pas dire automatiquement « merci d’avoir cuisiné » ? – même si ce n’est pas notre plat préféré.

On ne sait pas combien d’incertitudes, d’expérimentations, de peurs se cachent derrière chaque assiette. Un mot gentil vaut souvent bien plus qu’une critique de recette. Et si on a des remarques constructives, on peut les exprimer sans que l’autre se sente diminué·e. Respecter l’effort et l’originalité – c’est ça qui compte vraiment.

Photo d’une jeune femme préparant une pizza à la maison

Cuisiner ensemble peut renforcer les liens

Aujourd’hui, ma mère et moi cuisinons souvent à tour de rôle. Parfois selon sa recette, parfois selon la mienne. Parfois, on imagine ensemble, on revisite un plat ancien, d’autres fois on teste des recettes totalement nouvelles. On apprend l’une de l’autre, on rit des ratés, et on savoure les réussites.

C’est cette dynamique, cet équilibre, que je trouve précieux en cuisine comme dans la vie. Pas besoin d’être identiques pour bien collaborer. Au contraire, c’est notre différence qui apporte une nouvelle couleur, une nouvelle saveur à notre plat et à notre vie.

Cuisine comme tu le sens – et offre quelque chose aux autres

Je ne cuisine pas comme ma mère, et maintenant je sais que ce n’est pas un problème. Parce que ce que j’ai reçu d’elle – l’amour des saveurs, la joie de cuisiner, le désir de prendre soin des autres – je le transmets aussi, en y ajoutant mon propre chemin, mes goûts, mon univers.

Les meilleurs plats ne sont pas toujours ceux des recettes « parfaites », mais ceux pour lesquels quelqu’un a pris soin, a consacré du temps, et a cuisiné avec le cœur. C’est ce qu’il ne faut pas comparer, mais simplement remercier.

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