Je n’ai jamais eu de lien très fort avec ma grand-mère paternelle, mais j’ai toujours gardé en tête que sa vie n’a jamais été facile, et j’ai fait l’effort de maintenir notre relation, de lui montrer ma gratitude pour sa présence dans ma vie.
Cela a été particulièrement vrai quand ma fille est née, sa deuxième arrière-petite-fille, mais la première qu’elle a pu tenir dans ses bras. En effet, un de mes cousins avait déjà coupé les ponts avec elle avant la naissance de son enfant.
Au début, ma grand-mère semblait heureuse de pouvoir jouer un rôle dans la vie de ce bébé, mais avec le temps, elle n’a pas réussi à dépasser ses mauvaises habitudes. Elle a commencé à manipuler, à compter combien de fois nous allions la voir ou l’invitions chez nous, à mesurer à quel point nous montrions l’enfant à ma famille comparé à la sienne. Puis elle a sorti son ultime carte : si le week-end ne se passait pas selon ses règles, elle ne voulait plus voir son arrière-petite-fille !
D’accord, ai-je répondu. C’était il y a quatre ans. Depuis, nous ne nous sommes plus parlées.
Avec la montée en importance de la santé mentale ces dernières années, la question revient souvent : que devons-nous à nos proches ? Selon moi, rien de plus que ce qu’ils nous donnent en retour.
Peu importe ce qui nous lie, que ce soit le sang ou autre chose, toute relation repose sur un travail mutuel. On travaille sur soi, sur la compréhension des besoins de l’autre, sur la manière de le soutenir au mieux.

Mais quand cet effort devient à sens unique, je ne crois pas qu’on doive accepter qu’une personne puise dans notre énergie ou notre joie de vivre simplement parce que nous partageons un patrimoine génétique.
Je sais que la vie de ma grand-mère n’a pas été facile. Je sais qu’elle porte des traumatismes, des peurs et des blessures, et qu’en raison de sa situation et de son âge, elle n’a pas eu accès aux outils (comme la thérapie) que j’ai pu avoir. Je ne pense pas qu’elle soit une mauvaise personne au fond, mais je ne crois pas non plus que cela lui donne le droit de m’impliquer — et surtout d’impliquer mon enfant — dans ses petits jeux mesquins et malveillants.
Je sais aussi que notre santé mentale est primordiale, et parfois la seule façon d’éviter de se faire piéger dans la toile d’une autre personne est simplement de ne pas participer à ses jeux.
Ma fille était trop petite la dernière fois qu’elle a vu son arrière-grand-mère pour s’en souvenir, mais bientôt elle sera assez grande pour comprendre qu’elle ne connaît pas tous ses proches et commencera à poser des questions. Elle voudra savoir qui étaient les parents de ses grands-parents, comment ils étaient, où ils sont maintenant. Ce que je ne sais pas, c’est ce que je lui dirai à ce moment-là. J’espère juste qu’un jour elle comprendra que ce que j’ai fait, je l’ai fait aussi pour elle. Et qu’elle sentira toujours que ce qui nous unit, elle et moi, ce n’est pas le sang, le devoir ou une quelconque obligation, mais uniquement l’amour. Un lien éternel et indissoluble.
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