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Je ne veux plus jamais devoir justifier ce que je mange – et toi non plus

Déborah Lefèvre6 min de lecture
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Je ne veux plus jamais devoir justifier ce que je mange – et toi non plus — Santé
Dans cet article

Il y a une phrase que j’ai dite des centaines de fois dans ma vie : « Merci, je ne mange pas ça pour l’instant. » Et presque toujours, la question suivante arrivait. Ou plutôt, un interrogatoire. Pourquoi pas ? Tu es allergique ? Tu es sûre ? Même un peu, ça ne passe pas ? Allez, il y en a à peine ! Tout le monde mange ça ! Non, tout le monde ne mange pas ça. Et non, ce n’est pas toujours « juste une mode ».

Je suis sensible au gluten et au lactose, et il y a d’autres ingrédients que je dois aussi éviter à cause d’intolérances alimentaires. Ce n’est pas une tendance, ni un caprice, ni « une lubie du moment ». C’est une partie de mon quotidien. Et ce qui est peut-être encore plus important : je ne dois rendre de comptes à personne sur ce que je mets dans mon assiette, ou pas.

Manger, un vrai défi logistique

Pour beaucoup, manger est un plaisir, un moment de détente, une expérience sociale. Même si j’adore manger et que l’une de mes passions est de découvrir des expériences culinaires, depuis que je dois suivre un régime, c’est souvent l’organisation qui prend le dessus. Quand je vais chez des amis, je préviens à l’avance ou je prépare quelque chose moi-même. En voyage, je fais des courses, je planifie, je calcule. Où trouver un magasin ? Que puis-je emporter ? Qu’est-ce qui sera sûr ?

De l’extérieur, ça peut sembler anodin. Mais à l’intérieur, c’est une vigilance constante. Ce n’est pas du drame, ni une plainte – juste un fait simple. Pour moi, manger n’est pas un choix spontané, c’est une responsabilité. Et oui, parfois c’est épuisant. Surtout quand je dois encore l’expliquer.

Femme faisant ses courses dans un supermarché

Restaurant : plaisir ou roulette russe ?

Beaucoup pensent que c’est plus simple aujourd’hui : les villes regorgent d’options sans gluten, et les menus indiquent les allergènes. La réalité est plus nuancée.

D’une part, il y a encore beaucoup d’endroits où les allergènes ne sont pas du tout indiqués sur le menu, ou si c’est le cas, les serveurs ne savent pas vraiment de quoi je parle, ni quoi demander au chef pour que je puisse décider ce que je peux manger, si tant est qu’il y ait quelque chose.

Ensuite, quand il y a au moins une attitude attentive et bienveillante, je peux souvent commander un poulet grillé avec du riz, parfois un peu de légumes, en étant sûre que ça ne me rendra pas malade. Et ça me suffit amplement.

Riz avec poulet et brocoli vapeur

Bien sûr, on peut dire que les personnes sensibles au gluten devraient aller uniquement dans des restaurants garantis sans gluten (ce qui est souvent facile à Budapest, mais beaucoup moins en province), mais pour beaucoup, ce n’est pas une solution sûre non plus.

Même dans un restaurant 100 % sans gluten, il m’est arrivé que le plat ne soit pas préparé comme indiqué sur la carte.

J’avais déjà mangé ce plat plusieurs fois, j’avais demandé plusieurs fois les ingrédients, et pourtant un jour du fromage sans lactose a remplacé le fromage végétal, ce qui me cause des problèmes.

C’est là que l’on perd le sentiment de sécurité. Quand manger – un besoin fondamental – devient un risque. Et quand quelqu’un prend ça à la légère, ce n’est pas juste un désagrément. C’est un danger.

On pourrait aussi dire ici : « Alors cuisine chez toi » (ce que je fais souvent). Mais je ne crois pas que dans le monde d’aujourd’hui, ce soit un vœu démesuré d’avoir au moins un restaurant garanti sans gluten, qui prête aussi une attention particulière aux autres allergènes, où je peux manger en toute sécurité un plat simple.

« Allez, une miette ne peut pas faire de mal »

Peut-être la phrase la plus blessante. Car derrière, il y a le jugement : tu exagères. Tu es capricieuse. Tu fais ça juste pour suivre une mode.

Pourtant, pour beaucoup, c’est vraiment leur santé qui est en jeu. Symptômes physiques, malaise qui dure des jours, douleurs, épuisement. Ce n’est pas toujours visible, pas bruyant, pas spectaculaire, mais c’est bien réel. Et même quand un adulte fait un régime par choix personnel, il a le droit.

Chez des amis, à devoir s’expliquer

Je me suis souvent retrouvée à table à devoir justifier mes choix. Pourquoi je ne mange pas ça. Pourquoi je ne goûte pas ceci. Pourquoi j’ai apporté ma propre nourriture (alors que j’avais prévenu et précisé qu’il n’y avait pas besoin de préparer quelque chose spécialement pour moi). Pourquoi je « fais ma difficile ».

Parfois, dès le premier instant, je savais que le plat posé sur la table ne me conviendrait pas. Et pourtant, on essayait encore et encore de me convaincre. Comme si la politesse consistait à ignorer les signaux de mon propre corps. Pour moi, la vraie politesse, c’est l’acceptation.

Le manque d’acceptation ne concerne pas que les intolérances

Je ne parle pas seulement des intolérances alimentaires. Mais aussi de la façon dont on regarde l’assiette des autres.

Quand un adulte mange un hamburger ou une pizza, on entend souvent : pourquoi il n’a pas cuisiné, pourquoi il mange ça, c’est tellement malsain. Quand quelqu’un remplit son assiette de légumes, on dit qu’il « mange de l’herbe ». Quand il mange parfois un paquet de chips classiques, on le regarde de travers. On a l’impression d’être constamment jugés. Comme si manger au quotidien était une question morale.

Femme souriante mangeant un hamburger

Pas parfait, mais conscient

Je crois que chacun gagnerait à viser une alimentation équilibrée, durable, qui prend soin de sa santé. Mais je sais aussi que ce n’est pas simple. Les situations de vie, les moyens financiers, le temps, l’état mental – tout compte.

Le « sain » n’est pas le même pour tout le monde. Et tout le monde n’a pas les mêmes possibilités.

Femme souriante mangeant une salade

Moins d’imposition, plus d’empathie

On ne devrait pas imposer ce que les autres mangent. On ne devrait pas se vexer si quelqu’un refuse. On ne devrait pas blesser quelqu’un parce qu’il mange différemment ou pas.

Il est peut-être temps d’accepter que notre assiette est un espace personnel. Et que nous ne devons rendre de comptes pour chaque bouchée. Moi, je ne veux plus jamais devoir justifier ce que je mange. Et je crois sincèrement que personne ne devrait avoir à le faire.

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