Beaucoup peinent à comprendre comment une personne qui élève un enfant peut défendre avec passion le droit à l’avortement. On dit souvent que la maternité incarne le respect de la vie et un amour inconditionnel pour l’enfant.
Pour moi, c’est justement la maternité qui a renforcé ce en quoi je croyais déjà : chaque femme a le droit de décider librement de son propre corps. Je soutiens le droit à l’avortement non pas parce que je valoriserais moins la vie, mais parce que je respecte la liberté, l’autonomie et la dignité – des valeurs aussi essentielles à la vie humaine que la naissance elle-même.
Quand on parle du droit à l’avortement, beaucoup pensent que c’est une question d’aimer ou de rejeter la maternité. Ce n’est pas du tout ça. Mon amour pour mon enfant ne change rien à ma conviction que chaque femme doit pouvoir décider de son corps. Mon amour est mon choix, une part de ma vie – mais je ne peux pas dire que toutes les femmes doivent suivre le même chemin que moi.
Je considère le droit à l’avortement comme un droit humain fondamental, et c’est pourquoi il est si important. En tant que mère, ce sentiment s’est encore renforcé. Je veux que ma fille grandisse dans un monde où personne ne remet en question qu’elle contrôle son corps. Qu’il ne soit jamais un doute qu’une femme peut décider quand, avec qui et dans quelles conditions elle aura un enfant – c’est sa vie, sa responsabilité, sa liberté.
Sans oublier que l’histoire a clairement montré qu’on ne peut pas « faire disparaître » l’avortement. On peut l’interdire, mais il ne disparaît pas. Il devient interdit, secret, incontrôlable, et un privilège réservé à quelques-unes, souvent dans des conditions dangereuses. Interdire l’avortement n’a jamais supprimé l’avortement, cela a seulement rendu la vie des femmes plus risquée. Ce monde n’est sûr ni pour les femmes ni pour leurs enfants.
Je ne veux pas vivre dans un tel monde. Je ne veux pas que ma fille y vive. J’espère sincèrement qu’elle n’aura jamais besoin d’un avortement – comme toute mère espère que son enfant évitera les décisions et situations douloureuses. Mais si jamais elle en a besoin, je veux que ce soit une intervention sûre, accessible et légale, pas un risque mortel ou un secret à vie.
En tant que mère, je vois aussi combien la décision d’avoir un enfant est complexe et personnelle. Un enfant n’est pas qu’un fait biologique, c’est une responsabilité à vie, un engagement affectif et financier. Quand j’ai décidé d’avoir ma fille, c’était un choix libre, conscient et fait avec amour. Ce choix n’a pas été forcé, et c’est pourquoi je l’apprécie tant. Je crois que la parentalité ne peut être vraiment aimante que si elle est volontaire.
C’est pourquoi, pour moi, la maternité n’est pas en contradiction avec le soutien au droit à l’avortement – bien au contraire. En tant que mère, je comprends mieux la responsabilité immense qu’est de s’occuper d’un enfant et la décision énorme que représente sa venue au monde. Je veux que ma fille vive dans un monde où, en pleine conscience de tout cela, elle puisse décider de ce qui arrive à son corps et à sa vie.
Ce débat ne porte pas sur l’avortement, mais sur l’autonomie. Sur le fait que la femme choisisse son avenir. En tant que mère, c’est précisément pour cela que je tiens à ce droit. Parce que mon amour pour mon enfant vient du fait que je l’ai voulu, que je l’ai choisi, et que je lui ai tout donné volontairement. Cette liberté, cette autonomie, je souhaite la garantir à toutes les femmes – y compris et surtout à ma fille.











