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Le mantra d’une femme qui a aidé des millions à vaincre l’anxiété

Diane Perrin5 min de lecture
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Le mantra d’une femme qui a aidé des millions à vaincre l’anxiété — Santé
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Imagine vivre une pandémie, isolée et impuissante. Ta vie échappe à ton contrôle, tu es tendue, tu dors mal. Puis apparaissent des symptômes déroutants – peut-être un cœur qui s’emballe soudainement, ou des vertiges. Ton estomac se noue, certaines parties de ton corps semblent vivre leur propre vie, criant toutes : quelque chose ne va vraiment pas. Tu as moins peur de la pandémie que de la personne que tu es devenue. Mais ce sont les peurs envahissantes, sans danger réel, qui sont les plus effrayantes.

En 1927, Claire Weekes, 24 ans, vivait exactement cela. Jeune chercheuse brillante, elle s’apprêtait à devenir la première femme à obtenir un doctorat en sciences naturelles à l’Université de Sydney. Elle attrapa une angine, perdit du poids, puis ressentit des palpitations. Son médecin local, sur peu de preuves, diagnostiqua une tuberculose et l’envoya dans un sanatorium hors de la ville.

« Je pensais que j’allais mourir. »

– écrivait-elle à une amie. La confinement de plusieurs mois renforça encore son anxiété liée à ses symptômes. Quand elle fut libérée six mois plus tard, elle allait encore plus mal.

Ce n’était pas l’infection qui la détruisait, mais ce que nous appelons aujourd’hui : l’anxiété. Et c’est là que tout a changé.

Portrait de Claire Weekes

Le conseil d’un soldat qui a tout changé

Un ami, vétéran de la Première Guerre mondiale, lui expliqua que les soldats souffrant de « choc des grenades » ressentaient exactement ces symptômes physiques. Leur cœur battait fort parce qu’ils avaient peur. « Ne combats pas la peur », lui dit-il, « flotte plutôt au-dessus. »

Cette phrase devint une révélation pour la vie. Weekes devint médecin et publia en 1962 son best-seller Self-Help for Your Nerves. À l’époque, les problèmes psychologiques étaient surtout traités par l’analyse freudienne : parler de l’enfance, chercher la cause profonde. Weekes proposait autre chose. Elle « levait les gens du canapé » et les renvoyait à la vie. Selon elle, la peur est la source de la plupart des souffrances nerveuses. Ce n’est pas le problème initial qui maintient la peur, mais la crainte de « ce qui m’arrive maintenant ».

Dessin vectoriel d’une tête de femme d’où s’échappent des démons

La première et la deuxième peur – une découverte brillante

Weekes distinguait la première et la deuxième peur. La première est une réaction automatique de survie. Aujourd’hui, on parle de combat, fuite ou immobilisation. C’est l’alerte corporelle instantanée qui peut se déclencher même sans danger réel – surtout avec un système nerveux « sensibilisé ».

La deuxième peur est une pensée :

« Mon Dieu, qu’est-ce que c’est ? »
« Et si je devenais fou ? »
« Et si je mourais ? »

C’est ce qui déclenche le cercle vicieux peur–adrénaline–peur. Et voici le conseil qui reste radical aujourd’hui : ne combats pas la peur.

Montage de différentes émotions d’une femme

Les 4 phrases qui ont aidé des millions

Weekes résuma sa méthode en quelques mots clés : Affronte. Accepte. Flotte. Laisse passer le temps.

La plupart d’entre nous fuient les symptômes, tentent de les contrôler avec tension, surveillent sans cesse leur corps, manquent de patience et veulent guérir immédiatement.

Pour elle, « accepter » ne voulait pas dire se résigner, mais laisser la première peur s’estomper sans y ajouter le carburant de la deuxième peur. C’était en fait un réapprentissage du système nerveux – bien avant que la plasticité cérébrale ne devienne un mot à la mode.

La profession a ignoré, mais pas les gens

Bien que ses livres soient devenus des best-sellers, la psychiatrie la prit longtemps à la légère. « Des conseils de grand-mère », disaient certains. Aujourd’hui, ses idées se retrouvent dans de nombreuses approches modernes. L’acceptation est désormais une thérapie à part entière, comme dans l’Acceptance and Commitment Therapy (ACT). Les théories sur le fonctionnement du système nerveux face à la peur, ou les recherches sur le trauma de Bessel van der Kolk (The Body Keeps the Score), insistent aussi sur le rôle clé du corps et du système nerveux. Weekes avait simplement une longueur d’avance.

Le plus beau ? Elle ne s’est pas guérie

Longtemps, elle raconta avoir guéri immédiatement après le conseil du soldat. Plus tard, elle admit que son anxiété revenait par moments. Mais elle ne l’a jamais vu comme un échec, plutôt comme un terrain d’entraînement. C’est ce qu’elle écrivait : la rechute fait partie du chemin vers la guérison. Ce n’est pas la preuve que « ça recommence ».

Elle a vécu jusqu’à 87 ans. Son cœur, si effrayant et battant fort dans la vingtaine, a continué à battre pendant six décennies. Avant de mourir, elle disait que son travail serait encore pertinent dans 50 ans. Et elle avait raison. Aujourd’hui, alors qu’on parle de régulation nerveuse, de travail sur les traumatismes et de thérapies basées sur l’acceptation, elle enseignait déjà : l’ennemi n’est pas la peur, mais la façon dont on lutte contre elle. Et c’est cette idée qui reste incroyablement libératrice.

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