Mon année dernière a été incroyable. Beaucoup de voyages, de mouvements, et ce sentiment de liberté retrouvée, de vie pleinement vécue, où je ne me contente plus de planifier, mais je suis vraiment dedans.
Puis, comme souvent, le coup dur est arrivé. Du jour au lendemain, je me suis retrouvée aux urgences, et j’étais heureuse de pouvoir simplement me retourner dans mon lit, tandis qu’une douche d’une minute était un exploit pendant plusieurs jours.
Après l’opération, une longue rééducation m’attend encore, mais quand on reste alité des semaines, on commence naturellement à vivre à un autre rythme. C’est le moment de réfléchir à ce qui compte vraiment, à ce que l’on a remis à plus tard, à ce que l’on a fait par habitude pour les autres — et surtout à ce que l’on n’a pas fait pour soi.
Ce que nous regrettons vraiment — et ce que nous ne regrettons pas
J’ai eu l’occasion de lire — et un peu d’énergie — ce qui m’a permis de découvrir une étude récente de l’Université Cornell, qui m’a particulièrement touchée dans cet état. L’essentiel de cette recherche est que sur le long terme, nos regrets sont très différents de ce que l’on croit au quotidien.
Selon Tom Gilovich, psychologue et coauteur de l’étude, quand on regarde sa vie des années plus tard, ce qui nous préoccupe, ce n’est pas d’avoir tout fait « parfaitement », mais d’avoir progressé vers notre idéal.
Ce sont les regrets qui nous disent : quelque chose comptait vraiment pour nous, mais nous n’avons pas fait assez pour cela.
Pour te donner un ordre d’idée : l’étude révèle que nous regrettons trois fois plus de ne pas avoir suivi nos rêves que d’avoir passé trop de temps à nos obligations.
Les regrets du type « j’aurais dû » — comme travailler plus — s’estompent avec le temps. En revanche, renoncer à ses idéaux laisse une trace plus profonde, car ces désirs ne s’éteignent jamais. 76 % des participants ont cité comme leur plus grand regret de ne pas avoir poursuivi leurs rêves.

L’idéal que nous promettons d’atteindre « un jour »
Gilovich et son équipe expliquent que nous avons trois versions de nous-mêmes : le réel, l’idéal et le « il faudrait ». Au quotidien, c’est surtout le « réel » qui nous guide. On accomplit les tâches, on coche les cases, on répond aux attentes. Pendant ce temps, notre « idéal » — celui qui voudrait voyager, apprendre, créer, prendre des risques — reste en arrière-plan. Pas parce qu’il est moins important, mais parce qu’il est flou et insaisissable. Pas de plan clair, pas de succès garanti, pas de validation, donc incertain : mieux vaut ne pas trop y toucher.
On attend souvent ce grand moment d’inspiration unique et le moment parfait où l’on sera « prêt » à faire ce grand pas, mais l’étude montre que c’est souvent une excuse. L’inspiration n’est pas un prérequis à l’action, c’est une conséquence, et elle arrive généralement quand on est déjà lancé dans quelque chose.
Un autre frein important est le regard des autres. Ce qu’ils penseront, s’ils riront dans notre dos, ou simplement s’ils nous trouveront bizarres si on change. On croit facilement qu’après une grande décision, tous les yeux sont braqués sur nous, alors qu’en réalité, la plupart sont occupés par leur propre vie.
L’étude montre que nous avons tendance à surestimer à quel point les autres nous regardent et à sous-estimer leur bienveillance. Beaucoup de décisions restent au stade du « un jour » par peur des réactions extérieures, pas parce qu’on ne veut pas vraiment changer. Pourtant, la plupart des gens sont bien moins jugeants qu’on ne l’imagine, et se souviennent encore moins de ce que nous avons osé (ou pas) faire.
En repensant aux dernières années, je connais plusieurs entrepreneurs qui ont échoué deux ou trois fois avant de trouver leur voie et de réussir vraiment. Ils ne se sont sûrement pas demandé ce que les autres penseraient quand leur projet a mal tourné !

Quand le temps devient soudain précieux
Ces semaines passées au lit m’ont fait réaliser à quel point je prenais pour acquis de pouvoir partir « comme ça », d’avoir la force, le temps, la santé et l’argent pour suivre ce rythme. J’ai dû renoncer à deux voyages ces derniers mois, et ça a fait mal, pas seulement à cause des programmes manqués, mais surtout parce que j’ai compris à quel point cette liberté était fragile.
J’ai désormais plein d’idées sur ce que je veux changer et ce que je veux garder de ma vie d’avant. Une chose est sûre : je ne renoncerai pas au voyage, à la découverte du monde. J’en ai déjà réservé un, un autre récemment, et je prépare un troisième — et je ferai tout pour être en forme au départ.
Je sais aussi que cette année, je ne ferai pas tout parfaitement. Il y aura des jours de doute, des moments où j’avancerai plus lentement, où je me demanderai si « vivre à fond » ne va pas encore avoir des conséquences. Mais j’ai décidé de ne pas regarder cette année en regrettant d’avoir vécu pour les tâches et les obligations — j’en ai eu assez récemment.
Je veux donner plus de temps à cette part de moi qui veut expérimenter, découvrir, pas parce que ça garantit le bonheur : j’ai appris que la vie peut nous surprendre à tout moment. Mais je sais aussi que suivre ce qui me rend vraiment heureuse me fera regretter moins de choses. Et ça, c’est une raison plus que suffisante pour ne plus remettre mes rêves à plus tard.











