Article d'opinion : Barbara Dubois
Ma fille a 7 ans, et son accès à internet est encore très encadré. Quelques dessins animés, des documentaires sur la nature, et des tutoriels de dessin sur YouTube qu'elle reproduit avec une concentration touchante — elle met sur pause, reprend, recommence, jusqu'à tracer exactement la même ligne. Quand je l'observe, tout me semble simple et rassurant. Mais je sais que ça ne peut pas durer éternellement.
En grandissant, son monde numérique va s'élargir. Plus de contenus, plus de plateformes, plus de décisions prises seule. Et moi, je devrai faire face à une question qui me préoccupe déjà : jusqu'où je la laisse aller ? Et jusqu'où je la surveille ?
Les parents d'aujourd'hui ont accès à une multitude d'outils pour contrôler l'activité en ligne de leurs enfants. Les paramètres de contrôle parental permettent de restreindre certains contenus, de limiter le temps passé devant les écrans, ou encore de bloquer certaines applications. Il existe aussi des applications qui fournissent des rapports détaillés sur les sites visités — et qui, dans certains cas, permettent même de lire les messages privés de l'enfant.
Ces outils rassurent, au premier abord. Ils donnent l'impression de maîtriser quelque chose dans un espace fondamentalement imprévisible. Comme un filet invisible qui protégerait nos enfants de ce que nous-mêmes ne comprenons pas tout à fait.
Mais une autre sensation m'habite en même temps : ce contrôle peut très facilement glisser vers autre chose.
Quand l'enfant est petit, surveiller est naturel
À 7 ans, il ne fait aucun doute que c'est moi qui décide ce qu'elle regarde, à qui elle parle, sur quoi elle clique. Ma présence n'est pas une contrainte — c'est un repère. Un apprentissage accompagné, où le parent est encore un guide indispensable.
Mais qu'est-ce qui change ensuite ?
À 10 ans ? À 12 ans ? À l'adolescence ?
À quel moment la protection commence-t-elle à ressembler à de la surveillance ? Quand la sécurité laisse-t-elle place à la méfiance ?
Je ne crois pas qu'il existe une frontière nette. C'est plutôt un glissement progressif, qu'il faut savoir reconnaître. À mesure que l'enfant gagne en autonomie, nous devons, nous aussi, relâcher graduellement notre emprise. Pas du jour au lendemain, mais pas à pas — en lui confiant de plus en plus de décisions, en lui laissant de plus en plus d'espace.
C'est vertigineux, bien sûr.
Parce qu'en lâchant sa main, on sait pertinemment que internet n'est pas une aire de jeux sécurisée. Qu'il y aura des choses que nous ne pourrons pas filtrer. Des situations où nous ne serons plus là, alors que notre présence aurait peut-être encore été nécessaire.
Et c'est peut-être justement pour ça que l'illusion du contrôle total est si séduisante.
Tout voir, tout savoir, tout prévenir… une illusion dangereuse
Sauf que ça ne fonctionne pas sur le long terme. On ne peut pas surveiller indéfiniment. On ne peut pas lire chaque message, vérifier chaque clic. Et ce ne serait d'ailleurs pas juste de le faire.
Parce que si on se contente de les surveiller sans leur apprendre à réfléchir, à évaluer les risques, à reconnaître le danger, on ne protège pas vraiment nos enfants — on ne fait que repousser leur confrontation avec ces situations.
Je suis de plus en plus convaincue que la vraie mission n'est pas le filtrage, mais la préparation.
Il s'agit de discuter avec eux. De leur expliquer pourquoi certains contenus sont dangereux, pourquoi on ne donne jamais ses informations personnelles à des inconnus, pourquoi il est important de nous alerter quand quelque chose les met mal à l'aise. Et peut-être encore plus important : ne pas seulement leur parler, mais aussi les écouter. Construire une relation dans laquelle ils osent poser des questions. Dans laquelle ils n'ont pas peur de nous dire ce qui se passe, même quand c'est compliqué.
Parce qu'au fond, l'objectif n'est pas de tenir nos enfants à l'écart de tout danger — c'est de leur apprendre à prendre soin d'eux-mêmes. Et bien sûr, de leur faire savoir qu'ils peuvent toujours venir nous trouver s'ils se retrouvent dans une situation difficile.











