Chez moi, la fin août sent la terre chaude et le sécateur. C'est le moment de l'année où les tiges ne sont plus tendres comme au printemps ni tout à fait dures comme en hiver : elles plient sans casser, se cassent en faisant un petit bruit sec. Les jardiniers appellent ce stade le bois semi-aoûté, et c'est exactement ce qu'il faut pour faire des boutures qui prennent. En quinze minutes, avec trois pots et du sable, on peut multiplier ce qui pousse déjà sur le balcon sans dépenser un centime.
Ce qui se bouture facilement à cette période
Commencez par les valeurs sûres, celles qui pardonnent les maladresses. Les aromatiques ligneuses d'abord : romarin, thym, sauge, lavande. Puis les arbustes de terrasse et de haie : hortensia, laurier-rose, forsythia, weigela, buis, seringat, groseillier. Côté fleurs de balcon, les géraniums (pélargoniums) et les fuchsias reprennent avec une facilité déconcertante, ce qui permet de garder ses plus belles couleurs pour l'an prochain sans racheter de plants au printemps.
Un mot de prudence sur le laurier-rose : toutes ses parties sont toxiques. On le manipule avec des gants, on ne laisse pas traîner les chutes de taille à portée d'un enfant ou d'un chien, et on se lave les mains après. Ce n'est pas une raison pour ne pas le bouturer, simplement une raison de le faire proprement, et de garder son verre d'eau loin du plan de travail.
La bonne coupe, geste par geste
Choisissez une tige de l'année, sans fleur, ni molle ni lignifiée, longue d'une quinzaine de centimètres. Coupez juste sous un nœud, avec un outil propre et bien tranchant : une coupe nette cicatrise, une coupe écrasée pourrit. Retirez les feuilles du bas sur les deux tiers de la tige, gardez deux ou trois feuilles en haut, et si elles sont très grandes, coupez-les de moitié pour limiter l'évaporation. S'il reste des boutons floraux, sacrifiez-les sans hésiter : la bouture doit fabriquer des racines, pas des fleurs.
Le substrat est le point que l'on rate le plus souvent. Une bouture n'a pas besoin d'engrais, elle a besoin d'air et de drainage : moitié terreau ordinaire, moitié sable grossier ou perlite, dans un petit godet, jamais dans un grand pot. Enfoncez la tige d'environ un tiers, tassez du bout des doigts, arrosez une seule fois pour mettre le substrat en contact, puis passez à l'humidité de l'air plutôt qu'à celle de la terre : un sac transparent ou une bouteille coupée par-dessus, à l'ombre lumineuse, jamais au soleil direct.
L'erreur qui fait tout échouer
Elle est presque toujours la même : trop d'eau et trop d'impatience. Un godet détrempé, une soucoupe pleine, et la tige noircit à la base en quelques jours. Le bon réflexe est de vérifier avec le doigt : le substrat doit rester frais, comme une éponge essorée, pas humide. On aère la cloche quelques minutes chaque jour pour éviter la condensation stagnante et les moisissures, et on ne tire surtout pas sur la tige pour vérifier les racines. La résistance légère quand on effleure la bouture, et l'apparition d'une nouvelle petite feuille, sont les vrais signaux de reprise, en général au bout de quatre à huit semaines selon l'espèce.
Autre écueil : bouturer une seule tige. Faites-en toujours cinq ou six par espèce, dans des godets séparés. Certaines pourriront, certaines feront des racines superbes, et vous aurez de quoi offrir. C'est d'ailleurs la meilleure manière de récupérer un rosier de la maison de famille ou l'hortensia d'une voisine : on ne demande plus une plante, on demande une tige.
Faut-il bouturer dans l'eau ou dans la terre ?
L'eau est spectaculaire, on voit les racines apparaître, et cela fonctionne bien pour les tiges tendres comme le géranium, la menthe ou le basilic. Mais les racines formées dans l'eau sont fragiles et supportent mal le passage en pot ; pour les arbustes semi-aoûtés, le substrat drainant donne des plants nettement plus solides. Si vous démarrez dans l'eau, rempotez tôt, dès trois ou quatre centimètres de racines, et gardez la terre fraîche les deux premières semaines.
Où garder ses boutures pendant l'hiver ?
Une fois enracinées, elles passent l'hiver au frais mais à l'abri du gel : véranda non chauffée, cage d'escalier lumineuse, garage clair, ou tout simplement un coin de balcon protégé contre un mur, pots regroupés et emballés dans un voile. On arrose très peu, juste assez pour que la motte ne se dessèche pas, et on ne rempote qu'au printemps, quand la croissance repart franchement.











