Sur un balcon, la terre est un espace fermé : quelques litres de substrat, arrosés tous les jours en août, qui s'épuisent beaucoup plus vite qu'un massif de jardin. D'où la tentation de recycler ce qui traîne dans l'évier. L'idée est excellente, mais elle mérite un peu de méthode : certains restes rendent vraiment service, d'autres ne font que décorer la surface du pot, et deux ou trois sont capables de faire jaunir vos plantes en une quinzaine de jours.
L'eau de cuisson, la meilleure ressource — sous conditions
Quand vous faites cuire des légumes à l'eau, une partie des minéraux part dans la casserole. Cette eau, refroidie complètement et non salée, constitue un arrosage légèrement enrichi, parfait pour les pots gourmands du balcon : tomates, basilic, courgettes, plantes à grand feuillage. Même chose pour l'eau de rinçage du riz, un peu laiteuse, que l'on peut verser telle quelle au pied des plantes.
Deux règles absolues : l'eau doit être froide, jamais tiède, car l'eau chaude abîme les racines superficielles ; et elle doit être sans sel. C'est le point le plus important de tout cet article. Dans un pot, le sel ne s'évacue pas : il s'accumule, gêne l'absorption de l'eau par les racines et provoque un dessèchement des bords de feuilles qui ressemble à un manque d'eau, alors que c'est exactement l'inverse. Si vous salez systématiquement vos cuissons, prenez l'habitude de mettre de côté une casserole d'eau de légumes avant assaisonnement.
Peaux de banane et coquilles d'œuf : utiles, mais pas magiques
Les peaux de banane apportent du potassium, intéressant pour les plantes qui fleurissent et fructifient. Mais posées entières sur le terreau, elles moisissent, attirent les moucherons et mettent des semaines à se décomposer. Deux options propres : les découper en très petits morceaux et les enfouir légèrement, à quelques centimètres de profondeur, loin du collet ; ou les faire tremper deux à trois jours dans un bocal d'eau, puis utiliser cette eau, diluée de moitié, comme arrosage occasionnel. Dans les deux cas, on reste dans le complément, pas dans l'engrais miracle.
Les coquilles d'œuf, elles, ne libèrent leur calcium que très lentement, et seulement si elles sont réduites en poudre fine — un mortier ou un vieux moulin fait l'affaire. Grossièrement écrasées, elles améliorent surtout la structure du terreau et le drainage au fond du pot. Le marc de thé usagé, légèrement acide, plaît aux fougères, aux hortensias et aux azalées en pot, en fine couche seulement. L'eau de rinçage d'un aquarium d'eau douce, quand on en a, est un excellent arrosage. Et l'eau de dégivrage du congélateur ou l'eau de pluie récupérée dans une bassine valent toujours mieux qu'une eau du robinet très calcaire.
Les deux restes à laisser dans la poubelle
Premier interdit : tout ce qui est salé ou huileux. Eau de cuisson des pâtes et du riz salée, fond de plat, restes de vinaigrette, marinades. Le sel s'accumule, l'huile forme un film qui empêche l'eau de pénétrer et fait tourner la surface du terreau. Deuxième interdit : les restes d'origine animale et les produits laitiers — bout de fromage, lait, sauce, viande. Dans un pot fermé, sans la vie microbienne d'un vrai tas de compost, ils fermentent, sentent mauvais et attirent immédiatement mouches et rongeurs. Le lait dilué qu'on voit parfois recommandé pour faire briller le feuillage n'apporte rien de nutritif et laisse un dépôt collant.
Ajoutons deux nuances utiles : les épluchures d'agrumes en quantité acidifient beaucoup et se décomposent lentement, mieux vaut les réserver au compost ; et le pain, même sec, moisit avant de nourrir quoi que ce soit. Enfin, si vos pots reçoivent régulièrement des matières fraîches, surveillez l'odeur du terreau : une odeur aigre signale une fermentation, et il faut alors gratter la surface et laisser sécher un peu.
Peut-on arroser ses plantes avec l'eau de cuisson des pâtes ?
Seulement si elle n'a pas été salée, et une fois totalement refroidie : dans ce cas, l'amidon qu'elle contient ne pose pas de problème et nourrit la vie du sol. Dès qu'il y a du sel, oubliez : dans le volume restreint d'un pot de balcon, il s'accumule d'arrosage en arrosage et provoque exactement les symptômes qu'on prend à tort pour de la soif. En cas de doute, versez cette eau dans l'évier et arrosez avec de l'eau claire.
Faut-il enterrer les épluchures directement dans le pot ?
Un pot n'est pas un composteur : la décomposition y est lente, mal ventilée, et les matières fraîches en quantité peuvent priver temporairement les racines d'azote tout en attirant les insectes. Si vous voulez enfouir, faites-le en très petits morceaux, en petite quantité, en périphérie du pot et à quelques centimètres de profondeur. La solution la plus propre sur un balcon reste un petit bac de compostage fermé ou un lombricomposteur : vous récoltez ensuite un amendement mûr, sans odeur, que vos pots utiliseront immédiatement.











