Il y a une conversation qui revient chaque automne dès qu'un front pluvieux traverse le pays : faut-il tout rentrer, tout bâcher, tout attacher ? Chez moi, la réponse tient en une demi-heure de tour d'inspection, toujours dans le même ordre, avant que le ciel ne se charge. Je l'ai mis au point après une saison où l'eau avait débordé d'une jardinière posée trop près d'un mur, et où j'ai passé un dimanche entier à éponger. Depuis, j'ai compris que l'essentiel n'était pas de lutter contre la pluie, mais de lui laisser un chemin propre pour partir.
Dix minutes dehors : l'eau doit pouvoir s'en aller
Le premier réflexe n'est pas de protéger, c'est de dégager. Les feuilles mortes qui s'accumulent devant l'évacuation du balcon ou dans la grille de la terrasse forment un bouchon parfait : quelques minutes de pluie soutenue et vous avez une petite piscine contre la porte-fenêtre. Je passe donc la main dans la bonde, je retire la mousse et les graviers, et je vérifie que l'eau s'écoule bien en y versant un seau. Même chose pour les gouttières accessibles depuis une fenêtre : si l'eau ricoche au lieu de descendre, c'est qu'un amas de feuilles s'est formé au coude.
Ensuite, je surélève. Les pots posés à plat sur le carrelage restent les pieds dans l'eau pendant des jours, et c'est là que les racines pourrissent, bien plus que par le froid. Trois cales en bois, des pieds de pot, ou même deux tasseaux récupérés suffisent à créer un centimètre d'air. Je vide les soucoupes, je les range, et je déplace les jardinières les plus lourdes vers le mur intérieur, à l'abri des rafales. Ce qui est léger — bacs en plastique, arrosoirs, petits tuteurs — part dans le local ou contre la façade : c'est ce qui s'envole et casse une vitre.
Le potager d'arrière-saison : récolter, tuteurer, aérer
Une pluie longue sur des tomates encore vertes, c'est la peau qui éclate et le mildiou qui s'installe. Je récolte donc tout ce qui est déjà coloré, et je rentre même les fruits un peu pâles : ils finiront de mûrir à l'intérieur, sur un torchon, loin du soleil direct. Les herbes tendres — basilic, coriandre — se cueillent largement avant l'averse, parce qu'elles n'y survivent jamais très bien.
Pour les plantes qui restent, le vrai risque est mécanique : une tige chargée d'eau plie et casse. Un tour de lien souple sur les tuteurs, un coup d'œil aux jeunes arbustes en pot qui basculent facilement, et surtout on ne bâche pas tout hermétiquement. Une bâche posée à plat sur du feuillage, c'est de la condensation garantie, et les maladies arrivent plus vite que par la pluie elle-même. Si je couvre, je laisse deux côtés ouverts pour que l'air circule.
À l'intérieur : anticiper les jours humides, pas seulement l'averse
Le tour intérieur prend cinq minutes. Je vérifie les joints de fenêtre du côté exposé au vent en passant la main : un filet d'air froid signale l'endroit où l'eau s'infiltrera. Je retire ce qui est posé directement sur le sol dans la cave ou le cellier — cartons, sacs de terreau, rallonges — et je le surélève sur une palette ou une caisse. Je sors aussi deux vieilles serviettes que je laisse près de la porte d'entrée : entre les bottes, le chien mouillé et les cartables, elles servent toujours.
Puis vient la partie que l'on oublie : les trois ou quatre jours d'après. L'humidité ne vient pas de la pluie, elle vient du linge qui sèche à l'intérieur, des douches et de la cuisine dans une maison où l'on n'ouvre plus les fenêtres. J'aère quand même, dix minutes en grand, deux fois par jour, même s'il tombe des cordes : l'air extérieur froid contient moins d'eau, il repart chargé de la nôtre. Et je décale les grosses lessives d'un jour ou deux si je n'ai pas d'endroit couvert pour étendre.
Faut-il rentrer toutes les plantes dès les premières grosses pluies ?
Non, et c'est même contre-productif pour la plupart d'entre elles. Les plantes rustiques — laurier, graminées, vivaces, arbustes en pleine terre — ont besoin de cette eau et supporteront très bien un épisode pluvieux, à condition que leur pot ne reste pas noyé. Rentrez seulement les frileuses que vous garderez tout l'hiver, comme les agrumes en pot, les géraniums que vous voulez sauver ou le basilic, et faites-le progressivement, dans une pièce fraîche et lumineuse plutôt que directement à côté d'un radiateur.
Comment éviter l'odeur d'humidité dans la maison après plusieurs jours de pluie ?
L'odeur de renfermé vient de textiles qui sèchent lentement dans un air saturé : linge étendu, tapis d'entrée, manteaux mouillés au placard. Suspendez les vêtements trempés sur un dossier de chaise plutôt que de les enfermer, faites tourner les tapis pour qu'ils sèchent des deux côtés, et gardez les portes des pièces humides fermées pendant la douche puis ouvertes en grand ensuite. Si l'odeur persiste malgré l'aération et que vous voyez des traces noires réapparaître toujours au même endroit, il s'agit probablement d'un problème de bâti ou de ventilation : mieux vaut faire regarder par un professionnel que multiplier les absorbeurs.










