J’ai toujours envié les mamans dont les enfants sont de bons mangeurs. Celles dont le petit dévore avec plaisir les pâtes à la viande et croque avec le même enthousiasme le brocoli vapeur. Il y a en nous un instinct profond qui fait que donner à manger à notre enfant et le voir finir son assiette est l’un des plus beaux moments.
Chez nous, manger n’a jamais été aussi simple : ma fille est très difficile, et avec le temps, nous avons compris que c’était bien plus qu’une simple caprice. Le diagnostic d’autisme a vraiment expliqué que ce que nous vivons est une alimentation sélective, pas juste un choix difficile.
Ça peut sembler anodin, mais au quotidien, ça change tout. Ce n’est pas qu’elle « n’aime pas les épinards », c’est qu’elle est incapable de manger certains aliments, à cause de leur texture, odeur ou couleur. Pour moi, en tant que maman, c’est souvent frustrant car je veux lui assurer une alimentation équilibrée, sans transformer chaque repas en source d’angoisse. Alors, je fais de mon mieux pour lui enlever cette pression – même si c’est parfois compliqué.
Pourquoi je ne force rien ?
Je n’ai jamais forcé ma fille à finir son assiette. Je l’avoue, je m’inquiète souvent de savoir si elle mange assez varié et nutritif. Mais je sens que si je lui impose mes peurs, ça ne fera qu’empirer les choses : elle pourrait développer une relation négative avec la nourriture, ce qui serait bien plus dommageable que de manger parfois moins de légumes que recommandé.
Souvent, je me dis : si quelqu’un me mettait devant un grand bol de bouillie dégoûtante en me disant que c’est sain, je ne pourrais pas la manger non plus. Je comprends que ce que ma fille perçoit comme une « bouillie dégoûtante » est en réalité une soupe de brocoli ou un gratin de légumes, mais si son système nerveux réagit comme le mien face à cette bouillie imaginaire, pourquoi lui demander de la manger ? Je ne veux pas la mettre dans cette situation.
Et tant qu’on y est, je ne suis pas fan non plus du « Elle mangera quand elle aura faim ! ». Oui, bien sûr, si j’étais sur une île déserte, je finirais probablement par manger ma semelle de chaussure, mais ce serait une expérience traumatisante – alors pourquoi exposer volontairement mon enfant à ça ?
Aliments sûrs et options
Avec un enfant sélectif, on apprend vite que peu importe les efforts, il y aura toujours des aliments qu’il ne mangera pas, et d’autres qu’il acceptera toujours. Les « aliments sûrs » sont ceux qu’il mange systématiquement, quoi qu’il arrive. Ça peut être une banane, un petit pain au beurre, un yaourt à la fraise ou une glace à la vanille. Pas toujours les plus nutritifs, mais certains jours, c’est tout ce qu’on peut lui offrir, et c’est déjà beaucoup.
Chez nous, il y a toujours quelques aliments que ma fille mange sans problème : pâtes, certains fruits, fromage, yaourt. Ce sont mes repères, autour desquels j’essaie d’introduire de la variété. J’ai aussi toujours sous la main plusieurs alternatives : d’autres fruits, des biscuits complets, de nouveaux produits laitiers.
Nous avons la chance que ma fille soit ouverte à goûter de nouvelles choses, même si elle n’aime pas souvent. C’est décevant, mais ça ouvre aussi des possibilités : de temps en temps, un nouvel aliment rejoint la catégorie « sûr ». Petit à petit, son répertoire s’élargit.
La relation avec la nourriture, c’est ce qui compte
Pour moi, le plus important est que ma fille ne développe pas une mauvaise relation avec la nourriture. Manger peut être une source de plaisir, et je ne veux pas que ce soit une source de stress pour elle. Je fais donc preuve de compréhension et ne la critique jamais quand elle refuse un aliment. Je préfère lui offrir plusieurs options et la laisser choisir.
Je crois qu’ainsi, elle pourra, une fois adulte, créer un régime qui lui convient, dans lequel elle se sent bien, avec assez de choix pour rester en bonne santé. Mon but n’est pas qu’elle consomme parfaitement chaque nutriment chaque jour, mais qu’elle ait une relation positive et durable avec la nourriture.











