Puis est arrivé le premier mois où j’ai vraiment gagné une somme importante. Je ne vais pas mentir, j’étais aux anges – jusqu’à ce que je réalise qu’en tant qu’entrepreneure, ce n’est pas un nouvel état, juste un instant. Un bon mois ne garantit pas une bonne année. (Et ce ne fut pas le cas.)
C’est là que j’ai commencé à me questionner : pourquoi vouloir toujours plus ? Quelle force intérieure me pousse à ne pas m’arrêter et à savourer ce que j’ai déjà ?
Chaque jour, je me sens chanceuse, et cette chance inclut une sécurité financière. Nous avons eu la chance, assez jeunes, de bâtir une vie stable, sans avoir à réfléchir à chaque nouvel appareil électroménager ou à l’achat de la pastèque au marché. Mais quand j’ai partagé cette idée avec le papa de ma fille (un exemple parfait de gestion de soi), il a répondu sans hésiter : « Ce n’est pas de la chance, c’est du travail acharné. » Nous avons finalement convenu que les deux étaient vrais.
En partie, c’est une chance de s’être trouvés dans la vingtaine et d’avoir commencé à construire notre avenir ensemble. Mais la vie que nous menons aujourd’hui est surtout le fruit d’un travail colossal. Chaque réveil matinal, chaque renoncement, chaque réajustement est encore bien vivant dans ma mémoire. Les mois où nous ne nous sommes pas vus parce qu’il était à l’étranger, ou ces précieux instants volés quand ma fille dormait et que je me mettais déjà au travail... La fatigue constante et l’équilibre perpétuel, ça ne se voit jamais de l’extérieur.

Ce n’est pas le revenu, mais la manière de dépenser qui change tout
Le vrai tournant n’a pas été d’avoir plus d’argent sur le compte, mais de changer ma relation à cet argent. Apprendre non seulement à le gagner, mais aussi à le dépenser avec conscience.
Je vois chaque jour des personnes qui gagnent des sommes incroyables (des millions, des milliards) – et pourtant ne sont pas heureuses. Elles ne vivent pas vraiment. Elles tournent en rond dans une roue sans fin, sans voir leurs plus belles années passer. L’une d’elles, par exemple, a retardé une visite médicale pour économiser sur une consultation privée, alors qu’elle se déplace en voiture de luxe – elle a eu des séquelles irréversibles.
Un autre ami est littéralement tombé malade à force de travailler, mais il n’arrive toujours pas à s’arrêter, car il ne sait pas quoi faire de lui-même sans ses tâches.
Ce moment m’a fait comprendre que ce n’est pas l’argent qui compte, mais notre relation avec lui. Qui contrôle qui.
La vraie richesse, c’est la sécurité et la liberté de choix
J’ai beaucoup réfléchi à ce que signifie pour moi la vraie sécurité financière. Ce n’est pas le luxe, que je ne recherche pas du tout – au point que quand il se présente (par exemple dans un service), ça me met même un peu mal à l’aise. Le vrai luxe pour moi, c’est de ne pas m’inquiéter si le frigo tombe en panne. De pouvoir partir en voyage quand on en a envie. De faire ce qui est à la fois mon métier et ma passion. Et de ne pas compter chaque euro quand je prends un café. La sécurité, c’est pouvoir décider. Ne pas être obligé de renoncer à ce que je désire. Ces conditions sont remplies avec un revenu stable chaque mois.

J’ai franchi la « ligne d’arrivée » financière sans même m’en rendre compte
Quelle leçon en tirer ? L’impact de l’argent sur notre bien-être mental ne dépend pas de la somme que l’on possède. Une étude australienne a montré que ceux qui épargnent régulièrement, ou simplement paient leur carte de crédit à temps, jouissent d’une meilleure santé mentale – peu importe leurs revenus. La prévisibilité, le sentiment de maîtriser ses finances, est en soi libérateur.
Aujourd’hui, ce n’est plus « avoir toujours plus » qui me motive, mais utiliser intelligemment ce que je gagne. Je dépense pour des expériences, pas des objets. Pour des voyages, des souvenirs en famille, du ressourcement.
Parce que si quelque chose arrive demain – et ça peut arriver –, je ne veux pas avoir le sentiment d’avoir raté le meilleur de la vie en courant après une somme d’argent.
Je sais que ce n’est pas donné à tout le monde. Mais je sais aussi que souvent, ce n’est pas le manque d’argent qui freine, mais la peur. La peur de l’avenir, de ce qui se passera si un jour l’argent vient à manquer ou si on ne trouve pas de nouvelles opportunités. C’est pourquoi j’ai travaillé à avoir non seulement de l’argent, mais aussi confiance en moi et flexibilité. Pour savoir que si une période difficile arrive, je ne m’effondrerai pas et je trouverai une solution.
Je pensais que l’argent m’apporterait cette paix intérieure que je cherchais, mais c’est moi qui me l’ai donnée en comprenant ce qui compte vraiment. Ce n’est pas le fait de gagner beaucoup qui me rend suffisante, mais de savoir ce que je désire et surtout : de reconnaître quand je l’ai.











