Je viens de couper mes cheveux. Ce n’est pas une transformation radicale, je ne me suis pas rasé la tête, ils sont juste plus courts. Honnêtement, je n’en ai pas fait un événement majeur, je n’ai pas fait d’annonce spectaculaire, mais la prochaine fois que j’ai posté une photo sur Instagram, on voyait clairement ma nouvelle coupe. C’est là que j’ai compris que certaines personnes pensent que j’aurais dû leur demander avant de changer de coiffure. Ou du moins, c’est ce qu’ils croient.
J’ai reçu un nombre surprenant de messages d’hommes. Souvent, ils étaient écrits dans un ton gentil, presque amical (même si on ne se connaît pas) : « Je préférais tes cheveux longs ».
Ne vous méprenez pas : vous avez parfaitement le droit de penser ça. Vraiment. Aimer une esthétique n’est pas un crime. On peut aimer les cheveux longs, courts, bleus ou roses. Vous avez le droit d’avoir une opinion.
Le problème n’est pas l’opinion elle-même, mais ce besoin intense de me faire absolument parvenir cette opinion.
Que quelqu’un ressente que son avis sur mes cheveux – ou sur toute autre décision concernant mon corps – soit si important que je doive absolument le connaître, c’est tout simplement impossible à accepter pour moi.

Mais que suis-je censée faire de cette information ?
Repasser à une coupe longue pour que le confort esthétique d’un inconnu soit rétabli ? Répondre en le remerciant pour son étude de marché ? Classer ça dans le dossier « avis masculins sur ma coiffure 2026 » ?
Messieurs, nous ne savons pas quoi faire de ces informations ! Vraiment pas. Nos décisions sur notre corps ne dépendent pas des préférences aléatoires d’hommes sur internet. Et quand vous envoyez ces messages, vous suggérez – consciemment ou non – que votre avis compte. Que vous avez votre mot à dire.
C’est ça qui dérange. Pas l’existence d’un goût. Mais cette supposition implicite que ce goût est pertinent pour ma vie. Que mes cheveux ne sont pas seulement mes cheveux, mais un projet esthétique d’intérêt public qui mérite un retour.
Oui, je sais, internet est comme ça. Qui poste en public doit s’attendre à des réactions. Mais il y a une différence entre quelqu’un qui écrit « ça te va bien » et quelqu’un qui dit « je préférais quand tu étais différent(e) ». Le premier parle de moi. Le second parle de vous.

Les avis non sollicités ont un goût particulier. Ils portent une hiérarchie silencieuse : comme si l’apparence d’une femme était une affaire d’intérêt public. Comme si la norme était qu’un corps féminin soit évalué, commenté, façonné.
Messieurs, si nous ne vous avons pas demandé, ce n’est pas parce qu’on a oublié de vous inclure dans la décision. C’est parce que ce n’est pas pertinent. Cela n’influence pas comment nous coupons nos cheveux, ce que nous portons, si nous nous maquillons ou pas. Et franchement, quand vous partagez votre avis sans qu’on le demande, ce n’est ni inspirant, ni utile, ni constructif. Ça donne plutôt l’impression que vous pensez avoir le droit d’intervenir.
Si un jour on veut vraiment savoir, on vous le demandera. Et promis, on écoutera avec ouverture et curiosité. Mais en attendant, il serait bon de réfléchir au fait que toutes les pensées ne méritent pas d’être publiées. Toutes les préférences ne sont pas des données d’intérêt public. Et si vous me demandiez mon avis là-dessus, je vous dirais volontiers qu’on apprécie parfois plus le silence.











