Je ne vous cache pas que ma fille m’a déjà posé des questions du genre – Où est le cou du serpent ? Pourquoi la langue de la girafe est-elle bleue ? Comment sait-on que l’espace est infini et qu’on n’en a pas encore atteint la fin ? – auxquelles aucun livre parental ne m’avait préparée.
Mais il y a aussi des sujets bien plus sérieux que j’ai choisi d’aborder consciemment, convaincue que ce que je lui dirai pourrait marquer à vie sa relation à elle-même. Parmi eux : le poids, le soin de la peau et les relations amoureuses.
Ces trois thèmes sont souvent chargés de jugements, d’attentes fortes et de messages basés sur la honte. C’est pourquoi je pense que si je n’en parle pas avec elle, en mettant l’accent sur la santé et l’estime de soi, quelqu’un d’autre le fera – et pas forcément de la manière qui lui ferait du bien.
Pour moi, la règle d’or est claire : ni le poids, ni la peau, ni les relations ne doivent être des sujets de honte ou de pression pour correspondre à un idéal.
La honte ne pousse pas à un changement sain – elle génère seulement culpabilité, anxiété et refoulement.
Je veux que ma fille développe une relation avec son corps où elle sent que c’est le sien et qu’elle en est responsable. On ne fait pas du sport, on ne mange des légumes ou on ne se lave pas le visage parce qu’on « doit » ou pour « plaire », mais parce que notre corps est notre compagnon de vie. Il mérite qu’on prenne soin de lui, et nous méritons de nous y sentir bien.
À propos du poids
Quand on parle du poids, je n’utilise jamais les mots « grossir » ou « maigrir ». Je préfère souligner sa force, son énergie, sa capacité à courir, sauter ou faire du vélo avec agilité. L’accent est toujours mis sur la performance, le fonctionnement et la santé du corps – pas sa taille.
Si un camarade fait un commentaire sur l’apparence de quelqu’un, on discute ensemble pour rappeler que le corps des autres ne se juge pas. La diversité des formes et tailles est naturelle, chacun est différent, mais personne n’est meilleur ou pire.

À propos du soin de la peau
On ne parle pas du soin de la peau comme d’une bataille sans fin pour une peau « parfaite ». Quand je me démaquille le soir ou que je fais ma routine de soin, pendant que ma fille s’affaire dans la salle de bain, on explique que le but n’est pas de ne jamais avoir un bouton ou une ride, car c’est naturel et inévitable.
Je prends soin de ma peau parce que je l’aime, parce qu’elle fait partie de moi et que je veux lui offrir tout ce dont elle a besoin. Quand je l’encourage à mettre une crème hydratante après le bain ou que je lui montre comment se laver le visage après une longue journée, je lui dis toujours : ce n’est pas pour plaire aux autres, c’est pour que notre peau se sente bien.
Prendre soin de soi n’est pas un projet esthétique, mais un acte d’attention. Et ce n’est pas grave si la peau est parfois fatiguée, rouge ou pleine de boutons – ce n’est pas un échec, c’est la vie.
À propos des relations
Je crois que l’image que l’on a de soi est étroitement liée aux relations amoureuses. La question se pose naturellement : est-il suffisant de se plaire à soi-même, ou cherche-t-on aussi à plaire aux autres ?
Le désir d’attirer l’attention de la personne qu’on trouve attirante est naturel, mais j’essaie d’installer dans la tête de ma fille l’idée que dans une relation, l’essentiel est la manière dont on traite les autres, comment on est traité, et comment on se sent dans cette relation.
Autrement dit, ce qui compte dans une relation, ce n’est pas l’apparence de l’un ou de l’autre, mais le ressenti. Le respect, l’honnêteté, la compassion sont des bases bien plus solides que n’importe quel « idéal romantique ». Je veux qu’elle sache : une relation est saine quand elle ouvre de l’espace, pas quand elle le restreint ; quand elle soutient, pas quand elle critique ; quand elle construit, pas quand elle fait honte.
Dans ces conversations, je veille toujours à ce que ma fille ne cherche pas à répondre aux attentes extérieures, mais à ses propres critères intérieurs. Qu’elle aime son corps même quand il n’est pas au top. Qu’elle ne veuille pas effacer chaque bouton juste parce qu’ils n’apparaissent pas sur les couvertures de magazines. Qu’elle ne croie pas qu’elle doit prouver quoi que ce soit avec son apparence dans une relation.
Mon objectif est simple : que sa relation à son corps soit fondée sur l’acceptation et l’amour, pas sur la honte. Qu’elle comprenne que son corps n’est pas un projet, un sujet de débat, ni un reflet de ses performances – mais le théâtre de sa vie. Je crois que si elle apprend à le respecter et l’accepter, elle partira sur des bases solides et saines pour toute sa vie.











