Récemment, j’ai lu un post dans un groupe Facebook de parents d’enfants neurodivergents. Une maman y partageait son dilemme : inscrire son enfant en maternelle dans une école spécialisée pour enfants neurodivergents, ou plutôt dans une école classique. Ce choix parle à beaucoup de parents d’enfants intégrables. Chaque option a ses avantages et ses inconvénients, et comme chaque enfant est unique, il n’y a souvent pas de réponse simple ni toute faite.
Le dilemme m’a semblé familier, jusqu’à la fin du post. La maman concluait en disant : «… car qui supporterait que son enfant ne devienne qu’un mécanicien auto ?»
Honnêtement, j’ai été choquée. Pas seulement parce que cette phrase était clairement dévalorisante. (Je ne vais même pas commencer à expliquer que je trouve le métier de mécanicien auto formidable. Un travail qui demande un vrai savoir-faire, de l’expérience pratique et une évolution constante. En plus, c’est un métier qui assure un revenu décent. Je n’y vois aucun problème.)
Mais au-delà de ça, je ressens que notre société s’est engagée dans une très mauvaise direction. Quand avons-nous décidé que la valeur d’une personne dépendait de son diplôme ? Quand avons-nous commencé à croire qu’on vaut moins sans diplôme, et qu’une « bonne vie » ne s’obtient qu’avec un papier universitaire ?
Pour ma part, j’ai étudié dans l’une des meilleures universités du pays, d’abord en licence puis en master. J’ai adoré mes études, car le sujet me passionnait, et je suis reconnaissante d’avoir pu m’y plonger. Je me sens chanceuse de faire un métier qui me rend heureuse et d’avoir eu l’opportunité d’apprendre quelque chose qui me comble.
Mais c’est justement pour ça que je sais aussi que tout le monde n’est pas heureux à l’université, et que ce milieu scientifique ne correspond pas à tous.
Au contraire, je vois de plus en plus que le mythe « avec un diplôme tu réussiras, sans tu resteras pauvre » est non seulement faux, mais aussi vraiment nuisible.
Aujourd’hui, de nombreux métiers offrent un bon revenu, de l’autonomie et du respect, tandis que beaucoup de jeunes diplômés affrontent l’insécurité de l’emploi, des postes sous-payés ou le risque d’épuisement. Je ne crois pas que le succès se mesure uniquement au diplôme obtenu.
En tant que parent, je ne vise pas forcément que ma fille ait un diplôme. Je souhaite qu’elle trouve ce qui la passionne, ce qui lui apporte de la joie et du sens au quotidien. Peu importe si c’est une carrière universitaire, une formation professionnelle, un métier artisanal ou une voie alternative unique.
Je peux imaginer qu’elle aille à l’université si c’est là qu’elle se sent elle-même. Mais aussi qu’elle choisisse un métier, ou qu’elle prenne un chemin complètement différent : par exemple, partir au Tibet et apprendre auprès des anciens d’un village au pied des montagnes, un savoir que la vie valorise plus qu’un diplôme.
Comme maman, j’espère deux choses pour mon enfant adulte : qu’il soit une bonne personne et heureux. Pour cela, pas besoin de diplôme. Le savoir, l’expérience, la persévérance et la curiosité s’acquièrent de multiples façons. Et même si je suis reconnaissante d’avoir suivi un parcours universitaire, je serais tout aussi heureuse que ma fille suive sa propre voie, quelle qu’elle soit.
C’est pourquoi je ne regrette pas si elle ne va pas à l’université, ou si elle commence puis change d’avis en chemin. Je veux juste qu’elle se sente pleinement propriétaire du chemin qu’elle choisit. Et ça, ça me rendra heureuse.











