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Quand les plaintes constantes d'une amie finissent par vous rendre malade

Farkas Izabella5 min de lecture
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Quand les plaintes constantes d'une amie finissent par vous rendre malade — Mode de vie
Dans cet article

Il est minuit et demi, le téléphone sonne, et rien qu'à la sonnerie vous savez que c'est encore elle. Vous décrochez, parce que vous l'aimez, parce qu'elle compte pour vous, et parce que depuis six mois c'est devenu une routine : elle pleure, vous écoutez, puis vous la rassurez en lui disant que tout va s'arranger.

Sauf qu'une fois le téléphone raccroché, impossible de vous rendormir. Votre estomac se noue, et au petit matin vous vous réveillez comme si c'était vous qui aviez pleuré toute la nuit, pas elle.

Ce phénomène n'a rien d'inconnu en psychologie, on en parle simplement rarement dans ce contexte du quotidien. La littérature évoque le traumatisme vicariant, ou traumatisation indirecte : cet état dans lequel une personne, témoin proche et prolongé de la souffrance chronique d'un autre, développe elle-même des symptômes liés au stress.

Ce que fait notre cerveau dans ces moments

En coulisse, ce sont nos neurones miroirs qui entrent en jeu. Ils ne font pas de distinction nette entre le fait de vivre une situation difficile nous-mêmes, ou de l'entendre de très près, très souvent, de la bouche de quelqu'un qui la traverse.

Quand une personne nous confie son stress pendant de longues minutes, voire des heures, notre corps produit en partie les mêmes réactions physiologiques que celui qui raconte : le pouls s'accélère, les muscles se tendent, le taux de cortisol fluctue.

Une fois de temps en temps, ce n'est absolument pas un problème. C'est même à la fois le prix et le cadeau de l'empathie. Le souci commence lorsque ce schéma se répète semaine après semaine, mois après mois, sans que la situation évolue vraiment, et sans que nous ayons le temps d'en sortir.

Les signaux qui apparaissent dans le corps

Beaucoup ne font même pas le lien entre leurs symptômes et cette amitié, car en apparence les deux n'ont rien à voir. Pourtant, la fatigue de compassion chronique se manifeste souvent par des troubles du sommeil, des céphalées de tension, des problèmes digestifs, une sensation d'estomac serré liée à l'anxiété, et même des douleurs musculaires, en particulier au niveau de la nuque et des épaules.

Tout cela se produit parce que le corps ne sait pas que la source du stress, cette fois, ce n'est pas nous, mais la personne à l'autre bout du fil.

Pourquoi cela s'installe-t-il si facilement entre amies

Dans les relations amoureuses, il existe souvent des limites intégrées : on peut se disputer, aller marcher, fermer une porte. Dans l'amitié, ces frontières sont bien plus floues, car socialement on attend d'un bon ami qu'il soit toujours disponible, toujours à l'écoute, qu'il ne dise jamais « là, je ne peux pas ».

C'est précisément cette attente qui explique pourquoi le traumatisme secondaire s'enracine le plus profondément dans nos amitiés les plus proches : c'est là que nos défenses sont les plus faibles.

Comment changer les choses sans perdre l'amitié

Il ne s'agit pas de tourner le dos à celle qui souffre. Il s'agit plutôt de consacrer un temps conscient à l'écoute, et de s'autoriser à dire, parfois, que nous n'avons pas la capacité de tout absorber. Une phrase toute simple comme « j'ai envie de t'écouter, mais je n'ai que vingt minutes » ne blesse généralement pas l'amitié, et pourtant elle protège notre propre système nerveux de la surcharge permanente.

Tout aussi important : après l'écoute, s'offrir un rituel qui referme le sujet aussi dans le corps, pas seulement dans la tête. À certaines, une marche suffit ; à d'autres, une douche ; à d'autres encore, quelques minutes de silence sans musique. L'essentiel est d'envoyer un signal à notre corps : l'urgence que nous venons de traverser est terminée, et elle n'était pas la nôtre.

L'un des moments les plus difficiles de l'amitié, c'est celui où l'on comprend que l'amour, à lui seul, ne suffit pas à nous protéger de ce que l'autre porte. Peut-être êtes-vous justement en train d'arriver à ce point où il faut oser dire : je t'aime, mais je ne peux plus porter seule ce poids avec toi.

Le traumatisme vicariant, qu'est-ce que c'est exactement ?

C'est un état de traumatisation indirecte : à force d'être le témoin proche et prolongé de la souffrance chronique de quelqu'un d'autre, on commence à développer soi-même des symptômes liés au stress.

Pourquoi mon corps réagit-il alors que ce n'est pas ma souffrance ?

Parce que nos neurones miroirs ne distinguent pas clairement le fait de vivre une situation difficile de celui de l'entendre de très près. Le corps ne sait pas que la source du stress est la personne au bout du fil, et non nous.

Quels sont les signes physiques de la fatigue de compassion ?

On retrouve souvent des troubles du sommeil, des céphalées de tension, des problèmes digestifs, un estomac noué par l'anxiété et des douleurs musculaires, notamment dans la nuque et les épaules.

Comment aider une amie sans m'épuiser ?

En posant un cadre bienveillant : consacrer un temps conscient à l'écoute, s'autoriser à dire qu'on n'a pas toute la capacité nécessaire, et se créer un petit rituel de clôture après la conversation pour signaler au corps que l'urgence est terminée.

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