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« Ne mets pas ce haut, ça fait ressortir tes bras » : ces phrases familiales qui s'incrustent

Marguerite Loup4 min de lecture
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« Ne mets pas ce haut, ça fait ressortir tes bras » : ces phrases familiales qui s'incrustent — Famille
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Elles ne durent pas trois secondes. « Tu as bien profité, cet été. » « Ne mets pas ce haut, ça fait ressortir tes bras. » « Ne te mets pas de profil sur les photos. » Celle qui parle ne cherche presque jamais à blesser ; elle croit rendre service, ou elle répète ce qu'on lui a dit à elle. Et pourtant, des années plus tard, on choisit encore une manche longue en plein mois d'août à cause d'une phrase entendue à quatorze ans dans une cabine d'essayage.

Pourquoi ces remarques tiennent aussi longtemps

Trois ingrédients expliquent leur persistance. D'abord la source : une mère, une grand-mère, une tante ont une autorité affective particulière, leur regard fait longtemps office de miroir. Ensuite la répétition : ce n'est presque jamais une phrase isolée, mais un petit refrain qui revient à chaque essayage, chaque photo de famille, chaque plat repris. Enfin le moment : à l'adolescence, le corps change plus vite que l'image que l'on en a, et une remarque tombe alors sur un terrain déjà instable.

Le résultat est rarement un souvenir douloureux bien identifié. C'est plutôt un réflexe automatique : le scan devant le miroir, la main qui tire sur un tissu, la photo que l'on refuse. On ne se souvient même plus de la phrase d'origine, on en applique seulement la consigne.

Répondre sur le moment, sans faire exploser le repas de famille

Il existe trois niveaux, et l'on peut commencer par le plus léger. Le premier, c'est le renvoi neutre : « Ah, moi je l'aime bien, ce haut », dit en souriant, sans se justifier. Beaucoup de remarques s'arrêtent là, parce qu'elles attendaient une adhésion qui ne vient pas.

Le deuxième niveau consiste à nommer l'effet plutôt qu'à attaquer la personne : « Quand tu commentes mon corps, ça me met mal à l'aise, même si tu penses bien faire. » C'est une phrase courte, à répéter à l'identique si nécessaire, sans monter en volume. Le troisième niveau est la limite claire : « Je préfère qu'on ne parle pas de mon poids, ni du tien d'ailleurs. » Le fait de l'étendre à tout le monde désamorce le sentiment d'attaque personnelle et pose une règle de table plutôt qu'un reproche.

Défaire la phrase des années plus tard

Quand la remarque date de longtemps, la confrontation n'est pas toujours utile ni possible. Ce qui aide, c'est de rendre la phrase à son auteure : se demander de quoi elle parlait vraiment. Souvent, d'une peur pour nous — peur des moqueries, peur du regard des autres — ou de son propre rapport tourmenté au corps. Cela ne rend pas la remarque acceptable, mais cela lui retire son statut de vérité objective.

Ensuite, on travaille les automatismes plutôt que les convictions. Essayer une fois le vêtement interdit, chez soi, et rester dix minutes dedans. Se remettre sur les photos de famille, même de profil. Remplacer le commentaire intérieur par une phrase de fonction : ces bras portent des courses, des enfants, des valises, des amies qu'on serre fort. Si la gêne devient envahissante, si elle organise l'alimentation, les vacances ou la vie sociale, en parler à un professionnel n'a rien d'excessif : c'est simplement plus efficace que la volonté seule.

Comment éviter de transmettre la même chose à ses enfants ?

En déplaçant les commentaires du corps vers ce qu'il fait et vers ce que l'enfant choisit : « Tu as bien couru », « cette couleur te plaît ? » plutôt que « tu as minci ». Et surtout, en surveillant ce que l'on dit de soi devant eux : un « je suis énorme » lancé devant le miroir enseigne une grille de lecture bien plus sûrement qu'un discours sur la confiance en soi.

Faut-il en parler au parent qui a dit ces phrases ?

Cela dépend de ce que l'on attend. Si l'on espère une reconnaissance, il faut savoir que beaucoup de parents ne se souviennent pas de la phrase et se défendront d'abord. Si l'objectif est d'arrêter le refrain aujourd'hui, alors oui : une conversation calme, centrée sur le présent et sur une demande précise, aboutit bien plus souvent qu'un procès rétrospectif.

À propos de l’auteure

Marguerite Loup

Marguerite Loup écrit sur les relations, la famille et la météo émotionnelle silencieuse qui façonne les deux. Elle s’intéresse à ce que les autres chroniques laissent de côté — les beaux-parents, le chien, l’amitié devenue étrange à trente ans — avec le même soin que pour les grands sujets.

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