Un chef insupportable peut transformer chaque journée de travail en véritable cauchemar. Et à en croire les témoignages que nous avons recueillis, ce type de manager est malheureusement bien plus répandu qu'on ne voudrait le croire.
« Il m'a appelée un dimanche à 7h du matin »
Quand Lucie, 31 ans, a vu arriver un nouveau directeur dans sa petite agence de communication, elle a d'abord été conquise. Il était dynamique, décidé, et semblait parfaitement maîtriser son domaine.
« Au début, j'ai trouvé son énergie vraiment motivante. Puis, peu à peu, j'ai compris qu'il ne concevait tout simplement pas qu'une chose puisse attendre jusqu'au lundi. »
Les messages en soirée ont commencé d'abord, puis les e-mails du week-end. Lucie a fini par avoir l'impression de devoir être disponible en permanence, 24h/24 et 7j/7. Le point de rupture est arrivé un dimanche matin.
« Il était 7h. Mon téléphone a sonné, c'était lui. J'ai décroché en pensant qu'il y avait urgence. Mais non — il s'est mis à me crier dessus parce que l'ordre des images dans une présentation envoyée le vendredi n'était pas le bon. »
Lucie a essayé d'expliquer calmement que l'erreur pouvait être corrigée lundi matin, puisque la présentation ne serait utilisée que lundi après-midi. La réponse a été immédiate.
« Il m'a dit que si je ne supportais pas ce rythme, je n'avais qu'à trouver un autre travail. »
Le lendemain, Lucie est entrée au bureau et a annoncé sa démission.
« Ce n'était pas parce que je ne supportais pas la critique. C'était parce que j'avais compris que je travaillais pour quelqu'un qui croyait que mon salaire lui donnait le droit de disposer de toute ma vie. »
« Il voulait que tout le monde lui ait peur »
Sophie, 38 ans, travaillait dans une grande entreprise dont le directeur était réputé pour sa « poigne de fer ». Au début, les collègues acceptaient cela comme une donnée de fait.
« Tout le monde disait qu'il fallait survivre à la première année, qu'après on s'y faisait. J'ai fini par me convaincre que c'était simplement son style de management. »
Mais le problème n'était pas la sévérité en elle-même. Cet homme humiliait régulièrement ses collaborateurs devant leurs collègues.
« Un jour, en réunion, quelqu'un s'est trompé de ligne dans un tableau et a annoncé un mauvais chiffre. Le chef a passé cinq minutes à lui expliquer, avec un sourire moqueur, comment il fallait mettre le doigt sur l'écran pour ne pas perdre le fil de ce qu'il lisait. »
Sophie a longtemps gardé le silence, par peur de perdre son emploi. Jusqu'au jour où c'est à elle que c'est arrivé : elle avait mis une donnée dans la mauvaise colonne d'un rapport.
« Il m'a convoquée dans son bureau, a fermé la porte et m'a dit que si je commettais une nouvelle erreur, il s'arrangerait pour que je ne retrouve du travail nulle part ailleurs. »
C'est à ce moment-là que Sophie a décidé de partir.
« Je savais qu'il avait tort. Je savais que j'étais compétente et que je serais appréciée ailleurs. Cette menace n'avait rien à voir avec mon erreur — c'était juste une façon d'exercer un pouvoir sur moi. »
Quelques mois après sa démission, Sophie a trouvé un nouveau poste. Ce qui l'a le plus frappée ? La première fois que sa nouvelle responsable lui a signalé une erreur, Sophie a fondu en larmes.
« C'est là que j'ai réalisé à quel point je vivais sous pression, et à quel point ça change tout de travailler dans un environnement sain, avec une équipe qui est vraiment là pour avancer ensemble. »
« Il m'envoyait des tâches pendant mes congés »
Camille, 27 ans, travaillait dans un cabinet comptable quand son responsable a commencé à lui confier de plus en plus de missions. Pas de conflits ouverts, pas de cris — et pourtant, la situation est devenue progressivement invivable.
« Il présentait toujours ça comme une petite chose sans importance. "Jette juste un œil à ça." "Envoie-le avant de te coucher." "Puisque tu es déjà dedans, tu pourrais régler ça aussi." »
Au début, Camille acceptait toutes les tâches supplémentaires sans broncher, parce qu'elle voulait faire ses preuves. Puis elle a pris une semaine de congés.
« Le premier matin, un e-mail est arrivé avec six tâches. L'objet du message : "Urgent." »
Camille n'a pas répondu. L'après-midi, son chef l'a appelée pour lui demander pourquoi elle ne travaillait pas.
« Je lui ai dit que j'étais en congé. Il m'a répondu que selon lui, quelqu'un dans un poste à responsabilités ne pouvait pas se permettre de disparaître comme ça. »
C'était la première fois que Camille mettait ses limites à voix haute.
« Il n'y a pas eu de scène dramatique. Je ne lui ai pas crié dessus, je n'ai pas démissionné sur le champ. Je suis simplement rentrée de vacances et j'ai commencé à chercher un autre poste. »
Trois mois plus tard, elle donnait sa démission.
« Le plus difficile, ça a été de me convaincre que je n'étais pas paresseuse parce que je ne voulais pas travailler après le travail. Le problème venait de mon employeur, qui ne respectait pas mes limites — pas de moi qui étais trop sensible. »
Reconnaître un environnement de travail toxique
Ces trois témoignages ont un point commun : dans chaque cas, la situation s'est installée progressivement. Les limites ont été franchies une par une, si doucement que les signaux d'alerte ont mis du temps à être reconnus pour ce qu'ils étaient.
Si vous vous reconnaissez dans l'une de ces histoires — une anxiété constante à l'idée de recevoir un message, la peur de commettre la moindre erreur, ou l'impossibilité de décrocher même pendant vos jours de repos — sachez que ce n'est pas une question de fragilité personnelle. Tout le monde mérite un environnement de travail qui respecte son espace et sa dignité.
Est-il normal de recevoir des messages professionnels le week-end ?
Non, sauf urgence réelle et exceptionnelle. En France, le droit à la déconnexion est reconnu par la loi depuis 2017 et oblige les entreprises de plus de 50 salariés à le définir clairement. Être contacté de façon répétée en dehors des heures de travail constitue une violation de ce droit.
Comment réagir face à un chef qui vous humilie devant vos collègues ?
Il est important de ne pas laisser les incidents s'accumuler sans réaction. Notez chaque épisode avec la date et le contexte. Selon la gravité, vous pouvez en parler aux ressources humaines ou à un représentant du personnel. Dans les cas les plus sérieux, il s'agit d'une forme de harcèlement moral, qui est punissable par la loi.
Comment savoir si c'est le moment de démissionner ?
Quand le stress lié à votre chef affecte votre santé, votre sommeil ou votre vie personnelle de façon durable, c'est un signal fort. Comme le montrent ces témoignages, chercher un autre poste ne signifie pas fuir ses responsabilités — cela signifie choisir un environnement où votre travail est respecté à sa juste valeur.
Est-ce que les menaces d'un supérieur hiérarchique sont légales ?
Non. Menacer un employé de nuire à sa carrière ou de l'empêcher de retrouver un emploi constitue une forme de harcèlement moral et peut être sanctionné pénalement. Si vous êtes dans cette situation, il est conseillé de consulter un conseiller juridique ou de contacter l'inspection du travail.











