Article d'opinion : Borka Schuster
Si je pouvais rencontrer la femme de 20 ans que j'étais, elle me raconterait sûrement en détail à quoi ressemblerait sa vie. Elle saurait exactement quel métier elle exercerait. Dans quelle relation elle vivrait. Selon quels principes elle prendrait ses décisions. Quelle personne elle serait à 40 ans.
Et je suis certaine que très peu de son récit correspondrait à la réalité que je connais aujourd'hui.
Avant, cette pensée m'aurait attristée. Aujourd'hui, elle me soulage plutôt.
Parce que plus je vieillis, plus je réalise une chose : la femme de 20 ans que j'étais n'avait tout simplement pas assez d'informations pour décider ce qui la rendrait vraiment heureuse.
Pourtant, à l'époque, je ne voyais pas du tout les choses ainsi
Au début de ma vingtaine, je croyais que mon identité se figeait pour de bon. Que c'était le moment de décider quelle personne j'étais, quelle carrière je voulais, quelle relation je désirais, selon quelles valeurs j'allais vivre. Comme si chaque décision était un contrat à vie.
Puis la vie m'a prouvé, encore et encore, que par chance ça ne fonctionne pas comme ça.
Bien sûr, je pense qu'il est important de rester fidèle à certaines choses. Il y a quelque chose de beau dans l'idée de ne pas trahir complètement l'enfant ou la jeune adulte qu'on a été. De se souvenir de la personne qu'on rêvait de devenir.
Sauf que cette image, je crois qu'on a tendance à trop la romantiser.
Comme si la personne que nous étions à 20 ans avait été un être particulièrement sage, qui savait exactement quel était le bon chemin.
Pourtant, si je suis honnête, à 20 ans je me suis trompée sur énormément de choses.
Mon système de valeurs était différent. Je considérais d'autres choses comme des réussites. Je voulais ressembler à d'autres gens. Le regard des autres comptait bien plus pour moi. J'étais bien moins capable de dire non. Je dépensais bien plus d'énergie à correspondre à un idéal imaginaire.
Si aujourd'hui je voulais à tout prix rester fidèle à cette version de moi, je renierais en réalité tout ce que j'ai appris depuis. Et c'est justement là que se joue une part essentielle de la connaissance de soi.
Or c'est précisément ça, devenir adulte
Nous ne faisons pas que vieillir : nous accumulons de nouvelles expériences. Nous sommes déçus. Nous nous trompons. Nous perdons des gens, nous en rencontrons d'autres. Des choses qui nous semblaient essentielles perdent leur importance, et des valeurs auxquelles nous n'aurions jamais pensé à 20 ans finissent par façonner toute notre vie.
Selon moi, s'éloigner du chemin qu'on avait choisi jeune n'est pas un échec. Au contraire, c'est souvent indispensable pour grandir.
Parfois, nous parlons de nos rêves de jeunesse comme s'ils étaient une sorte de boussole morale. Comme si la vraie réussite consistait à vouloir exactement la même chose à 40 ans qu'à 20. Mais je ne suis pas sûre que ce soit vrai.
Car si en vingt ans notre vision du monde, notre curiosité ou nos priorités n'avaient absolument pas changé, ce serait peut-être aussi étrange que de se reconstruire une nouvelle personnalité chaque année.
Peut-être que nous n'exerçons pas le métier que nous avions imaginé. Peut-être que notre famille ne ressemble pas à celle dont nous rêvions. Peut-être que nos journées se déroulent dans une tout autre ville, entourées d'autres gens, à un tout autre rythme.
Mais si, entre-temps, nous sommes devenus plus doux, plus courageux, plus honnêtes envers nous-mêmes, et que nous nous connaissons mieux, alors nous n'avons probablement pas pris la mauvaise direction.
Quand je repense aujourd'hui à la femme de 20 ans que j'étais, je pense à elle avec tendresse.
Elle faisait vraiment de son mieux.
Elle ne pouvait simplement pas savoir tout ce qui allait lui arriver, ni à quel point ces événements allaient réécrire l'idée qu'elle se faisait du bonheur.
Et honnêtement, je suis contente que tout ne se soit pas passé comme elle l'avait imaginé.
Pourquoi ne pas devenir la personne qu'on imaginait n'est-il pas un échec ?
Parce que s'éloigner du chemin choisi jeune est souvent indispensable pour grandir. Cela signifie généralement qu'on a appris, changé et affiné ses priorités au fil du temps.
Faut-il rester fidèle à ses rêves de jeunesse ?
Il est beau de se souvenir de la personne qu'on voulait devenir, mais on a tendance à trop romantiser cette image. À 20 ans, on n'a tout simplement pas assez d'expérience pour savoir ce qui nous rendra vraiment heureux.
Comment savoir si on a pris la bonne direction dans la vie ?
Selon l'autrice, si l'on est devenu plus doux, plus courageux et plus honnête envers soi-même, et que l'on se connaît mieux, on n'a sans doute pas pris la mauvaise direction, même si la vie ne ressemble pas au plan initial.











