Il y a une lumière particulière sur les plateaux du Haut-Doubs quand l'été s'éloigne. Les prairies sont encore vertes, les épicéas presque noirs, et les lacs d'altitude posent au petit matin une nappe de brume qui se dissipe en une heure. C'est la saison où les sentiers se vident, où l'on entend le bois craquer, où l'on marche sans transpirer. Une conversation revient régulièrement en ce moment autour des balades entre lacs et tourbières de ce coin de France : elle mérite mieux qu'un aller-retour improvisé un dimanche. Une journée de marche ici se prépare, un peu, et c'est justement cette préparation qui la rend mémorable.
Pourquoi ces lacs sont plus beaux à la fin de l'été
En altitude, l'arrière-saison joue en votre faveur. Les moustiques ont disparu des zones humides, l'herbe haute est fauchée, les couleurs commencent à tourner sur les feuillus qui bordent les résineux. Les lacs, souvent peu profonds et entourés de zones tourbeuses, reflètent le ciel avec une netteté impossible en plein été, quand la chaleur trouble la surface. Autre avantage sous-estimé : la fréquentation. À partir de la mi-septembre, on croise des marcheurs, pas des files d'attente, et les parkings de départ redeviennent accessibles sans arriver à l'aube.
Le revers, c'est la météo. Sur ces plateaux, la différence entre le fond de vallée et le point haut peut être frappante, et une matinée à cinq degrés peut devenir un après-midi doux puis un retour humide. Le vent se lève souvent en milieu de journée. On ne part donc pas en tee-shirt avec une bouteille d'eau, même pour une boucle courte.
Ce qu'on met dans le sac pour une journée
Trois couches, toujours : un haut respirant contre la peau, une polaire ou un pull fin, une veste coupe-vent qui supporte une averse. Un bonnet léger ou un tour de cou prennent peu de place et changent tout au bord d'un lac exposé. Des chaussures montantes ou au moins à semelle crantée : les sentiers autour des zones humides restent gras longtemps après une pluie, et les racines d'épicéa sont glissantes.
Côté ravitaillement : de l'eau, même si l'air est frais, un vrai en-cas salé et quelque chose de sucré pour la remontée. Une carte papier ou une trace téléchargée hors ligne, parce que la couverture réseau se fait discrète dès qu'on s'enfonce dans la forêt. Enfin, une lampe frontale minuscule au fond du sac : les jours raccourcissent vite, et une boucle allongée par une pause photo peut finir dans la pénombre des sous-bois.
Marcher sans abîmer : la règle des tourbières
C'est le point le plus important et le moins connu. Les tourbières de ces hauts plateaux sont des milieux fragiles qui mettent des siècles à se former. Un pas de côté sur les sphaignes, pour une photo ou pour éviter une flaque, tasse durablement le sol. D'où la règle simple : on reste sur le sentier et sur les caillebotis en bois, on ne coupe pas les virages, on tient le chien en laisse, on ne cueille rien. Si le passage est boueux, on le traverse au centre plutôt que de l'élargir en marchant sur les bords.
Même logique pour le bruit. Ces zones humides abritent des oiseaux et des insectes qui ont peu d'autres refuges. Une enceinte portable dans un sac à dos gâche l'endroit pour tout le monde, y compris pour ce qui y vit.
Le repas qui prolonge la balade
La région se déguste autant qu'elle se marche. Un pique-nique de fromages de montagne, de pain de campagne et de pommes, avalé assis sur une souche face à l'eau, vaut tous les restaurants. Et si vous préférez terminer au chaud, une fondue ou une assiette de charcuterie fumée dans une auberge de village est la meilleure façon d'ancrer la journée. Réservez : hors saison, beaucoup d'adresses ferment tôt ou n'ouvrent que certains jours, et arriver à 14 heures sans avoir appelé est le meilleur moyen de finir avec un sandwich de station-service.
Peut-on faire ces randonnées avec des enfants ?
Oui, à condition de choisir une boucle courte autour d'un seul lac plutôt qu'un enchaînement de plusieurs. Les caillebotis fascinent les petits, les tourbières se racontent très bien comme un monde d'éponges géantes, et une paire de jumelles bon marché transforme la marche en enquête. Prévoyez des vêtements de rechange complets dans la voiture : entre la rosée du matin et une flaque mal négociée, le retour se fait rarement au sec.
Quelle est la meilleure heure de départ en arrière-saison ?
Tôt, vraiment tôt, si vous voulez la brume sur l'eau et le silence : le lever du jour est le moment magique, et la lumière rasante y est incomparable. Sinon, partez en fin de matinée pour profiter des heures les plus douces et rentrez avant la fin d'après-midi, quand la fraîcheur retombe d'un coup et que la nuit arrive plus vite qu'on ne le croit. Dans les deux cas, consultez la météo locale le matin même plutôt que la veille : en altitude, elle change d'avis facilement.











