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Ma fille n'est pas toute ma vie, et je ne me sens pas mauvaise mère pour autant

Schuster Borka5 min de lecture
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Ma fille n'est pas toute ma vie, et je ne me sens pas mauvaise mère pour autant — Famille
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Tribune : Schuszter Borka

Ma fille est cette personne pour qui je ferais absolument n'importe quoi. S'il fallait choisir entre elle et n'importe qui d'autre, entre elle et mon travail, entre elle et mes loisirs, entre elle et mon propre confort, je la choisirais toujours. Sans hésiter une seconde.

Sauf que, grâce au ciel, je n'ai pas à choisir

Nous ne vivons pas dans une zone de guerre, nous ne luttons pas chaque jour pour survivre, et nous n'élevons pas notre enfant dans des conditions où chaque décision exige un véritable sacrifice. Nous avons une chance immense. Notre vie a la place pour beaucoup de choses à la fois.

C'est précisément pour cela que je n'ai jamais compris cette idée selon laquelle, dès qu'on a un enfant, on devrait désormais exister uniquement en tant que mère.

Quand ma fille est née, la maternité a évidemment tout changé. Pas seulement mon emploi du temps ou mes priorités, mais moi-même. Elle est devenue l'une des parties les plus profondes de ma personnalité, et le restera sans doute pour toujours.

Mais seulement l'une de ces parties.

Je n'ai jamais eu le sentiment que c'était mon seul rôle

Je n'ai pas cessé d'être une femme qui travaille, mes objectifs personnels n'ont pas disparu, et les choses qui me rendaient heureuse avant de devenir mère ne se sont pas envolées non plus.

J'aime mon métier. J'ai des projets qui me passionnent. Il y a des gens dont je suis l'amie. Il y a un homme dont je suis l'amoureuse, la compagne, la partenaire.

Et honnêtement, il n'est pas question pour moi de renoncer à ces rôles.

Parfois, j'ai l'impression qu'une compétition tacite s'est installée autour de la maternité. Qui s'occupe le plus de son enfant ? Qui prépare le goûter le plus créatif ? Qui possède le plus de jeux d'éveil ? Qui organise les activités les plus variées ? Qui peut consacrer encore plus d'énergie à faire tourner chaque instant autour de l'enfant ?

Cette course, je m'en suis retirée avant même de m'y être inscrite.

Je n'emballe pas un sandwich en forme d'étoile chaque matin. Il n'y a pas chez nous de programme Montessori thématique planifié semaine par semaine. Je ne ressens pas non plus le besoin de transformer chaque après-midi passé ensemble en atelier d'éveil extraordinaire.

Ce n'est pas parce que je n'aime pas mon enfant

C'est simplement parce que ces choses ne font pas partie de mes priorités essentielles.

Ce qui compte bien plus pour moi, c'est d'être vraiment présente quand nous sommes ensemble. Parler, rire, se blottir l'une contre l'autre, lire une histoire, partir en balade ou simplement paresser sur le canapé. C'est de ces moments-là qu'elle ressent le plus d'amour, bien plus que de la forme que j'ai donnée au fromage dans son sandwich.

Et en même temps, je veux rester fidèle à moi-même.

Je ne crois pas que je serai une meilleure mère en abandonnant complètement mes centres d'intérêt, mes ambitions ou mes relations. Au contraire, je sens de plus en plus que ce sont justement ces choses qui me rendent plus équilibrée.

Si mon travail m'inspire, si j'ai le temps de me ressourcer, si je vois mes amis, si je peux passer des moments en tête-à-tête avec mon compagnon, alors je suis plus patiente. Plus joyeuse. J'ai plus d'énergie. Et au bout du compte, c'est ma fille qui en profite le plus.

Elle n'hérite pas d'une mère épuisée et constamment fatiguée, qui ne se souvient même plus de la dernière fois où elle a fait quelque chose simplement parce que ça lui faisait plaisir. Elle a face à elle une personne pour qui la maternité est une part très importante de sa vie, mais pas la seule.

Et il y a une autre raison pour laquelle j'y tiens autant

Ma fille m'observe. C'est à travers moi qu'elle apprend ce que signifie être une femme. À quoi ressemble une relation de couple. Ce que veut dire travailler, créer, entretenir des amitiés, se fixer ses propres objectifs. Je ne veux pas qu'elle croie que l'identité d'une femme ne peut s'accomplir que dans la maternité.

Je veux qu'elle voie qu'on peut être une mère dévouée tout en restant soi-même.

Qu'il n'y a pas à choisir entre sa famille et sa propre personnalité. Qu'on peut aimer quelqu'un plus que tout au monde sans pour autant cesser d'être une personne à part entière.

C'est en tout cas ce en quoi je crois. Et cela ne me fait pas me sentir mauvaise mère une seule seconde.

Est-ce égoïste de ne pas faire tourner toute sa vie autour de son enfant ?

Non. Garder ses centres d'intérêt, son travail et ses relations permet d'être plus patiente, plus joyeuse et plus disponible, ce dont l'enfant profite finalement le plus.

Comment être vraiment présente pour son enfant sans tout sacrifier ?

En misant sur la qualité des moments partagés plutôt que sur la performance : parler, rire, lire une histoire ou simplement se détendre ensemble comptent bien plus que les gestes spectaculaires.

Pourquoi garder une identité en dehors de la maternité aide aussi l'enfant ?

Parce que l'enfant apprend en observant sa mère. Voir une femme épanouie dans plusieurs rôles lui montre qu'on peut être une mère dévouée tout en restant pleinement soi-même.

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