Il y a des semaines où l'on se surprend soi-même. Quelqu'un pose une question parfaitement normale et on répond trop sec. Un enfant renverse un verre et on entend sa propre voix monter d'une octave. Le soir, on se repasse la scène en se demandant ce qui ne tourne pas rond, parce qu'objectivement, il ne s'est rien passé de grave. C'est précisément ça qui est troublant : l'écart entre la taille de l'événement et la taille de la réaction.
Ce décalage a une explication simple, et plutôt rassurante. Nous disposons tous d'une marge à l'intérieur de laquelle nous pouvons ressentir, penser et répondre en même temps. Quand on est dedans, on encaisse une contrariété sans perdre le fil. Quand cette marge se réduit — par la fatigue, l'accumulation, la vigilance permanente — le même événement nous fait basculer d'un coup, soit vers l'explosion, soit vers le repli total.
Les signes que votre marge s'est rétrécie
Ils sont rarement spectaculaires. C'est le bruit de la machine à laver qui devient insupportable alors qu'il ne vous dérangeait pas. C'est l'impossibilité de choisir entre deux plats sur une carte. C'est le fait de relire trois fois un message anodin en y cherchant une attaque. C'est aussi, à l'inverse, l'anesthésie : plus d'élan, plus d'envie, un sentiment d'assister à sa propre journée depuis le couloir.
Le corps parle souvent en premier : mâchoires serrées au réveil, épaules remontées, respiration courte et haute, estomac noué dès qu'un imprévu arrive. Beaucoup de femmes que je croise décrivent la même séquence : elles tiennent très bien jusqu'à dix-neuf heures, puis tout se fissure sur une broutille domestique. Ce n'est pas la broutille le problème. C'est qu'elle arrive après douze heures passées à gérer.






